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Épistémologie du politique

L’Europe peut-elle être considérée comme un objet politique ? Une typologie des différents projets d’Europe politique, une réflexion sur la circulation des idées et des modèles dans un « espace public » européen.

Responsables éditoriaux : Eric Anceau, Olivier Dard et Olivier Sibre.

Le Conseil des Quatre à la conférence de paix (1919) : Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson. Source : Wikimedia Commons
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La notion de citoyenneté européenne est floue. Sur le plan axiologique, elle repose à la fois sur un ensemble de valeurs et sur un traité constitutionnel. Sur le plan juridique, le traité constitutionnel ne confère aux habitants des États-nations européens la qualité de citoyens européens que dans la mesure où ils sont déjà citoyens de leurs États respectifs. L’article explore les déficits démocratiques et les déficits de légitimité qui en résultent ainsi que les conditions d’une réalisation effective d’une citoyenneté trans- ou supranationale.

Placard portant l'inscription « Ici on s'honore du titre de citoyen »
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Depuis ses débuts en 1948, la construction européenne s’est traduite par le rôle central des politiques publiques, en particulier dans le domaine économique mais aussi dans le domaine des droits de l’homme. Elles s’imposent face à un espace public européen embryonnaire et à une société européenne aux contours mal définis. Toutefois, si les politiques publiques ont un rôle central, elles ne sont pas univoques. La crise de la zone euro démontre l’acuité des tensions dans leur mise en œuvre.

Strasbourg, Cour européenne des droits de l'Homme
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Considéré comme indispensable dans le processus de la construction européenne, l’existence et les caractéristiques d’un espace public européen font l’objet d’un débat qui remonte aux années 1950. Formulé à partir du concept habermassien de Öffentlichkeit (espace public), l’espace public européen est considéré tour à tour comme ayant toujours existé, comme étant en cours de formation ou comme impossible à réaliser. Il se révèle donc un concept mouvant et en proie à un processus de redéfinition permanent.

Piazza del Sole, Posta, Stazione (Bellinzona)

La figure d’« arbitre de l’Europe » représente dès la première modernité une aporie, puisqu’elle allie l’idéal d’hégémonie à l’idéal politique du jugement sage et désintéressé. L’apparition d’une « raison publique européenne » à défaut d’une véritable opinion publique exige une mise en valeur croissante du second. Si on constate une grande variété des pratiques politiques de l’arbitrage, les xviie et xviiie siècles manifestent un besoin croissant de définitions juridiques, que les failles du concert européen du xixe siècle ne font que renforcer. À l’époque contemporaine, la figure d’arbitre se positionne ainsi en fonction de deux pôles, d’une part l’arbitre incarné dans une puissance qui tire de ce titre honorifique et souvent autoproclamé des avantages et du prestige, d’autre part l’arbitre qui par son influence oriente les négociations dans le respect d’un nouveau droit international de l’arbitrage. Les tentatives de conciliation entre les deux montrent bien la difficulté politique de cette notion d’arbitre qui ne peut pas se résoudre tout entière dans le juridique.

Hark! Hark! The Dogs Do Bark! 1914

L’idée d’une tension entre visée nationale et conception européenne, aujourd’hui largement répandue dans les opinions publiques, n’est que l’aboutissement de tensions de longue durée ayant marqué l’histoire de l’Europe depuis le Moyen Âge : de la rivalité entre une Europe pontificale et un empire continental de l’époque médiévale à l’époque moderne, aux projets d’équilibres européens de 1815 d’empires supranationaux s’opposant au mouvement des nationalités. L’idée nationale elle-même ne s’est pas toujours affirmée contre l’Europe, en particulier au xixe siècle, elle s’en est au contraire souvent nourrie, directement ou indirectement.

Rundgemälde von Europa im August MDCCCXLIX