• Français
  • English
Stael-Holstein, Germaine Freiin von (1766 - 1817). 

Du fait de l’élargissement de l’espace et de l’accélération du temps consécutifs aux bouleversements de la Révolution française, des femmes, saisies par la mobilité et la modernité du moment, font fi d’un épistolaire jusque-là largement limité à la sphère domestique et transforment leurs correspondances en une mise en réseau du nouvel espace européen. Transgressant frontières et différences des sexes, elles dessinent une nouvelle cartographie du continent où elles trouvent place et visibilité, construisent l’échange épistolaire en constellation et en font parfois le vecteur d’une opinion publique à l’échelle de l’Europe. Au cours du xixe siècle, une mutation s’opère vers un épistolaire devenant écriture publique, sous forme de publications à caractère spécifiquement épistolaire, Briefroman, roman-lettres, correspondance fictive ou lettre ouverte, signalisant une première entrée des femmes dans la sphère du politique.

Réfugiés espagnols au poste-frontière de Cerbère, janvier 1939.
Auteur-e-s

À l’époque contemporaine, l’exilé est longtemps resté dans les représentations une figure essentiellement masculine. Or l’étude des mobilités contraintes, qu’elles soient d’origine politique, religieuse ou sexuelle, montre que les femmes participent, elles aussi, dès le début du xixe siècle, à des phénomènes d’exil, qu’on entendra ici de manière large comme des formes d’expatriation forcée. Si les figures féminines de l’exil demeurent isolées au cours du xixe siècle, la massification de ce type de mobilités à partir du début du xxe siècle concerne également les femmes, qui revendiquent peu à peu l’accès à des fonctions de représentation au sein des groupes en exil et bouleversent ainsi les normes genrées de l’engagement. Après l’adoption de la convention de Genève en 1951, premier texte à proposer une définition internationale du réfugié, les femmes conquièrent la reconnaissance de leur place spécifique dans les phénomènes d’exil et d’asile. C’est en 1985 seulement que le Haut Commissariat pour les réfugiés ouvre le premier forum sur les femmes réfugiées, mettant ainsi en évidence leur singularité.

Carla Serena (1824-1884) en Mingrèlie (province de l’actuelle Géorgie), extrait de Marie Dronsart, Les Grandes Voyageuses, 1904.
Auteur-e-s

En dépit de conditions matérielles qui rendraient les voyages difficilement accessibles aux femmes, elles y prennent une part active, dès l’époque du Grand Tour. Avec le développement, au xixe siècle, des moyens de transport modernes et les transformations du tourisme (thermal, hivernal ou balnéaire), elles participent à l’embourgeoisement de la pratique du voyage et, à terme, à sa massification. Par ailleurs, des femmes voyageuses explorent tôt des territoires, sinon interdits du moins jugés inhospitaliers, et y imposent progressivement leur manière de voyager : le voyage en Orient ou la croisière maritime, les milieux naturels du Grand Nord ou du désert… Enfin, au fil du xxe siècle, les femmes s’approprient de nouveaux moyens de transport, à commencer par le vélo et l’automobile, et affirment ainsi leur autonomie.