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Genre et Europe

Une histoire genrée de l’Europe, où les rapports entre les sexes sont constitutifs de la définition de l’espace politique, économique et culturel européen.

Responsables éditoriaux : Julie Le Gac et Yannick Ripa.

Femme italienne inspectant les kilts de William MacConnachie et William Boyd dans le Colysée, Rome, 6 juin 1944  Source : Imperial War Museums
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Le féminisme est défini par Florence Rochefort et Laurence Klejman comme la « prise de conscience individuelle et collective de l’oppression spécifique des femmes, accompagnée de la volonté d’instaurer l’égalité des sexes dans certains ou dans tous les domaines à plus ou moins longue échéance ».

Peu après leur naissance au milieu du xixe siècle, les mouvements féministes, émergeant tous dans le cadre des États-nations, s’organisent dans des structures internationales, dont la première est le Congrès international des femmes (CIF) créé en 1888 à Washington. Nombre de féministes du xixe siècle formulent leurs revendications, telles que le droit de s’instruire et d’exercer librement ses talents ou celui de participer aux affaires de l’État, comme des droits humains, c’est-à-dire universels. Relayer leurs revendications dans des structures internationales leur permet de se présenter comme un mouvement mondial pour les droits humains. Les tensions dans les relations internationales et finalement les deux guerres mondiales au xxe siècle constituent un véritable défi pour l’internationalisme revendiqué du féminisme. Depuis les années 1980, dans un monde en voie de globalisation qui favorise les liens multiples et complexes dépassant le cadre de l’État-nation, les réseaux féministes transnationaux se multiplient, reflétant, au regard des objets de lutte, des structures et des supports d’action, une pluralité de féminismes.

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Depuis 1800, le mouvement vers une scolarisation obligatoire et prolongée a des conséquences plus importantes pour les filles que pour les garçons, dans les pays européens ; car, en 1800, l’éducation des filles est considérablement à la traîne par rapport à celle des garçons. Au début du xixe siècle, les écoles sont divisées de manière stricte, à la fois entre les sexes et les classes sociales. L’enseignement primaire s’adresse aux pauvres, alors que l’enseignement secondaire est principalement réservé aux garçons riches. À partir du milieu du siècle, un réseau plus vaste d’écoles permet aux filles de poursuivre leurs études, notamment au sein de programmes à vocation professionnelle ou destinés à former des enseignants. Entre 1850 et les années 1920, de nombreux pays rendent l’enseignement élémentaire obligatoire pour les deux sexes, et des établissements secondaires non mixtes réservés aux filles sont créés. Les mouvements féministes font la promotion de l’éducation des filles, y compris dans les colonies. Les femmes, notamment les religieuses, présentes au sein de « missions civilisatrices » encouragent la création d’écoles dans l’empire et en Europe. À partir de la période de l’entre-deux-guerres, la généralisation des établissements d’enseignement secondaire, ainsi que la disparition des écoles non mixtes constituent les changements les plus radicaux dans les systèmes éducatifs. Après 1945, le nombre d’élèves fréquentant les écoles secondaires connaît une très forte augmentation.

Cours de sciences à l'école Kalvskindet (Norvège), vers 1900, Erik Olsen
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À partir de 1800, l’Europe règlemente la prostitution – postulée uniquement féminine – tolérée car jugée nécessaire à la sexualité masculine. Ce réglementarisme accusé dans les années 1860 d’iniquité par l’abolitionnisme est remis en cause par le développement de la traite des Blanches, toutes des victimes innocentes. Ce « fléau » invite les États à rechercher une solution européenne, voire internationale. Traitée à ce niveau par les organisations internationales (SDN et ONU), la question retrouve une actualité européenne dans le second xxe siècle avec l’afflux des « filles de l’Est ». L’Union européenne tente de répondre au défi posé par la traite, désormais dite des êtres humains, mais respecte la diversité des politiques nationales face à la prostitution et l’éventuelle banalisation des prostitué(e)s en professionnel(le)s du sexe.

Adolphe Willette, Madeleine, Monologue et 9 dessins

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