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L’imagerie et les récits des barricades du xixe siècle évoquent abondamment des femmes portant drapeau, secourant les blessés, plus rarement tenant un fusil. Si la figure de la jeune fille ou celle de la prostituée sont souvent glorifiées ou condamnées, c’est plus souvent dans le cadre de la cellule familiale que les femmes participent au combat. La barricade est donc un lieu mixte mais aussi un lieu de fantasmes comme le montre la barricade des femmes durant la Commune de 1871. Cette omniprésence s’estompe aux xxe et xxie siècles même si leur rôle est attesté de Petrograd à Maidan en passant par Madrid, Budapest, Prague et Paris. Ce déclin tient aussi aux mutations des guérillas urbaines et à la primauté de la représentation emblématique féminine dans les manifestations. Si l’action des femmes au combat n’est plus ressentie comme un débordement extrême de la violence, elle n’en reste pas moins marquée par les assignations de genre.

Femme sur les barricades de Prague pendant la révolution de 1848, auteur inconnu.
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Le recours à la violence pour des motifs politiques mêle engagement, action politique et transgression pénale. S’y ajoute, dans le cas des femmes uniquement, la transgression des normes de genre lors des poussées révolutionnaires, qu’elles soient ou non dotées des mêmes droits politiques que les hommes. Mettant en tension les normes pénales et sexuées, la violence politique permet à celles qui la pratiquent de s’affirmer comme sujets politiques. Révolutionnaires, socialistes, anarchistes, communistes ou patriotes, ces femmes se heurtent, au-delà des époques et des causes qui guident leur engagement, à la permanence des normes de genre et au poids des imaginaires sociaux qui font de la violence politique des femmes une véritable énigme sociale.

La barricade de la place Blanche défendue par des femmes (mai 1871). Lithographie, France, XIXe siècle.