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L’art en Europe

Traditions nationales, circulations et identités dans l’art européen. Une analyse des ferments d’unité comme des facteurs de division à l’œuvre dans l’élaboration complexe de l’identité culturelle européenne.

Responsables éditoriaux : Christine Gouzi, Elinor Kelif et Dany Sandron.

Le Titien, L’enlèvement d’Europe. 1560-1562, huile sur toile.  Source : Isabella Stewart Gardner Museum
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(à venir)

La production d’une architecture monumentale est un trait essentiel de l’histoire culturelle de l’Europe. Depuis l’Antiquité, puis sous l’influence du christianisme, un corpus d’une extrême diversité a été bâti sur l’ensemble du continent, source de vastes mouvements stylistiques étendus sur près de deux mille ans. Ce fonds sacré et laïque s’est adapté et transmis jusqu’au xxe siècle, tant dans ses formes que dans ses techniques, en même temps qu’il importait des motifs non européens. Depuis les Lumières, la reconnaissance des monuments a stimulé ces transferts croisés, accompagné l’essor des espaces nationaux et conduit à la quasi-sanctuarisation des monuments, sanctionnée par des lois de protection appliquées au xixe siècle dans les différents pays. Malgré les destructions et les guerres mondiales, l’Europe n’a cessé de se penser comme un continent monumental dont les ressources, exploitées aujourd’hui pour des raisons politiques et économiques, lui confèrent le plus clair de son prestige mondial.

Snowshill Manor, Angleterre.

La critique du xixe siècle ne peut se comprendre sans une remise en contexte systématique de ses écrits. La démarche semble d’autant plus essentielle que, définissant généralement le nationalisme comme le souhait d’un peuple de se constituer en nation et, par conséquent, le souhait d’un peuple d’apparaître comme tel aux yeux de l’étranger, ces mêmes écrits se nourrissent et mettent en évidence l’existence de stéréotypes nationaux solidement ancrés. Mais le nationalisme est aussi une notion conflictuelle, ayant besoin d’un ennemi désigné pour permettre la révélation d’un tout unifié. Via la confrontation des « écoles nationales » européennes sur les champs de bataille pacifiques des grandes expositions internationales, il sera aussi au fondement d’une réécriture partiale de l’histoire de l’art.

André Belloguet, L’Europe animale : physiologie comique composée et dessinée sur les contours géographiques de l’Europe
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Les migrations artistiques ont souvent été étudiées pour mieux comprendre les circulations voulues et prévues par les artistes, ainsi que les phénomènes d’influences réciproques dans l’art. Mais les déplacements des artistes n’ont pas toujours été consentis : depuis le Moyen Âge, la création est aussi le résultat de migrations forcées, qui se sont généralisées à partir du xixe siècle pour devenir une des caractéristiques majeures d’un xxe siècle rythmé par les guerres, les exodes ethniques ou politiques. L’impact de ces migrations sur l’identité artistique et sur les œuvres mêmes peut ainsi être réévalué. Il révèle les fractures et les discontinuités qui sont constitutives d’une partie de la création et permet de mieux cerner les processus d’acculturation et leurs conséquences pour l’inspiration. Ainsi les migrations artistiques, qui peuvent être lues sous le signe de « crises » aux facettes multiples, permettent de décrypter d’une autre manière la forme de l’œuvre, les intentions de l’artiste et son identité.

Portrait photographique de Marc Chagall (1887-1985), 4 juillet 1941