Chemin de fer du Yunnan, Kilomètre 43

Chemin de fer du Yunnan, Kilomètre 43

La ligne de chemin de fer reliant Hai Phong au Vietnam et Knuming (Yunnan, Chine) est une entreprise française, réalisée entre 1904 et 1910 dans un contexte d’expansion coloniale en Extrême-Orient. La Revue indochinoise permet de comprendre les enjeux de cette très vaste construction d’un chemin de fer, en particulier dans le Yunnan. La main d’œuvre fut majoritairement locale, pour cette inscription d’une ligne ferroviaire à flanc de montagne. 12 000 employés perdirent la vie dans cette construction, preuve de la dureté de l’entreprise, ce que ne rend pas la photographie pédagogique, montrant au premier plan un employé jovial et souriant, devenant le symbole par l’image du bienfondé de cette colonisation pour les spectateurs français de la projection. La région attirait les français pour ses ressources naturelles, notamment de l’exploitation minière, et le train devait permettre de tirer un profit économique certain de l’entreprise coloniale :
« Mais alors, dira-t-on, si ces chemins de fer sont si onéreux, il ne fallait pas les construire ! Pas du tout. Il fallait même les construire plus tôt. […] [I]l ne faut pas oublier que c’est une affaire de longue haleine, un outillage de colonisation indispensable.
Qu’est donc, en somme, ce Yunnan, objet de tant de convoitises ?
D’après Regelsperger, c’est un pays salubre, à climat tempéré, où les Européens peuvent se livrer sans inconvénient à tous les travaux.
En dehors du riz, la province produit du maïs, du sorgho, du blé, des fèves et beaucoup d’opium, qui constitue, avec les minerais de plomb argentifère, de zinc, de fer, d’étain et de cuivre, la principale richesse du Yunnan. » (La Revue indochinoise, 02 avril 1900, p. 322.)

Au-delà de ce seul aspect commercial, la construction de cette ligne française était un outil d’expansion majeur, ainsi que l’indique le chroniqueur du 16 novembre 1903 de la Revue indochinoise, le train était également un outil militaire en prévision d’une colonisation plus large encore de l’Extrême Orient :
« La ligne de pénétration au Yunnan, adjugée au consortium des établissement de crédit français, est le premier de ces actes à large envergure, destinés à affirmer notre influence en Extrême-Orient, et à nous placer aux premières loges pour le moment problématique du grand dépeçage international de l’empire du Milieu.. » (La Revue Indochinoise, le 16 novembre 1903, p. 1042)