Madagascar, une forge à Antananarivo

Madagascar, une forge à Antananarivo

La représentation photographique du fonctionnement de la forge de Tananarive pourrait à première vue n’être qu’une scène de genre figurant les activités ordinaires des Malgaches. La réalité est bien plus politique, une telle scène permettant de démontrer que l’île possède des ressources minérales importantes et qu’une main d’œuvre est en place dans la colonie pour sa transformation. Cette réalité est manifeste au sein des premiers rapports de l’école professionnelle de Tananarive, institution française créée en décembre 1896, et dirigée par Jully. Ce dernier présente un rapport au Gouverneur général, un an après l’ouverture de l’école, et rend évident l’intéressement de la France. Jully, dans des termes qui nous sont aujourd’hui insoutenables, entame son rapport par la démonstration de la difficulté d’enseigner l’idée même de travail aux Malgaches :
« Les deux défauts principaux, qui priment du reste souvent les qualités, sont : la paresse et le mensonge. Habitué par ses parents à regarder pousser la rizière qui lui demande environ quinze jours de labeur par an, le Malgache a une horreur profonde de tout ce qui est travail suivi. » (Journal officiel de Madagascar et dépendances, 18 janvier 1898, p. 1390)
Dès 1896, pour former les élèves, furent ouverts un atelier de forge, une serrurerie, une fonderie, une ferblanterie, une lampisterie, un atelier de typographie, un atelier de poterie, une tannerie, un atelier de tissage, de maroquinerie, d’ébénisterie, de tournage… Le fer étant un minerai présent en abondance dans la région de Tananarive, la forge fut une priorité, et attira de fait particulièrement les élèves. L’image du fonctionnement de la forge, tout comme le bilan de la formation des ouvriers, visaient à prouver l’utilité économique de l’expansion coloniale, en prenant l’aspect d’une mission d’éducation :
« Le Directeur estime qu’avant 3 mois, tous les objets usuels de ces diverses spécialités pourront sortir des ateliers de l’école, et qu’avant la fin de l’année, la nouvelle institution sera en mesure de fournir aux divers corps de métier des ouvriers habiles et intelligents. Un résultat aussi complet a même causé quelque surprise, étant donné que les Hovas, assez fiers de caractère, avaient toujours témoigné un certain dédain pour les travaux manuels […]. » (Journal officiel de Madagascar et dépendances, 20 février 1897, p. 171)