Pise – La cathédrale et la tour penchée

Pise – La cathédrale et la tour penchée

Une description actuelle de cette ancienne vue de la tour et de la cathédrale romanes de Pise ne renseignerait pas sur la portée contextuelle de ce cliché. Il faut tenir compte du fait qu’à l’époque de cette photographie, ces édifices étaient déjà largement visités et presque aussi connus qu’aujourd’hui ; connus certainement au point de devenir une étape touristique incontournable en pays toscan, qui se révèle être parfois décevante. Durant les dernières décennies du xixe siècle, dans les impressions de voyages, les descriptions de ces édifices révèle une exaltation aussi prompte et vive que l’expression du désabusement qui la suit. Alfred Bellenger, par exemple, voit bien dans la réunion de ces grands édifices pisans l’un des sommets de l’urbanisme renaissance en affirmant :
Aucune ville de l’Italie ne possède dans un espace aussi restreint que la place du Dôme, plus de merveilles que celles qui s’y trouvent rassemblées : la cathédrale, le Baptistère, la Tour penchée et le Campo Santo. D’un seul coup d’œil on peut les embrasser et les admirer sans fatigue. (Alfred Bellenger, 1882, p. 22.)

Le touriste entiché des merveilles pisanes, semble faire place à un voyageur décillé qui sentencie :
La célébrité dont [la tour] jouit lui vient plutôt de son inclinaison que du mérite de son architecture. Figurez-vous un cylindre de marbre blanc, haut de cinquante-six mètres, avec dix-sept mètres d’épaisseur diamétrale, creux à l’intérieur, enveloppé de huit étages de colonnes au nombre de deux cent sept. Telle est cette tour. (Alfred Bellenger, 1882, p. 25.)

La même indécision paraît habiter Georges Bastard qui, dans le style laconique du touriste blasé des richesses artistiques d’Italie, semble avoir suivi le parcours imposé par le guide des plus grands monuments de la Toscane :
Rues larges et proprettes mais désertes. Cité déchue. Sic transit gloria mundi ! Les quatre monuments les plus remarquables : la Tour Penchée, la Cathédrale, le Baptistère et le Campo Santo […]. Un quatuor qui vaut bien un itinéraire changé, ce me semble ? (Bastard, 1878, p. 188.)