Esplanade devant le château de Chantilly et la statue équestre du connétable d'Anne de Montmorency.

Esplanade devant le château de Chantilly et la statue équestre du connétable d'Anne de Montmorency.

Ce cliché doit être mis en lien avec le cliché n° 1984 montrant la statue équestre de Louis XIV. Ces deux plaques éditées toutes deux par la maison Fescourt présentent des monuments patrimoniaux qui, d’après la fin du XIXe siècle, sont liés aux périodes dites prestigieuses de l’histoire de France. Comme l’on aperçoit la cour d’honneur du château de Versailles derrière la statue de Louis XIV érigée au début du XIXe, on découvre derrière la statue équestre d’Anne de Montmorency sur l’esplanade le portique d’entrée du château de Chantilly.
Si la sculpture du connétable, réalisée par Paul Dubois en 1886 dépend du modèle du condottiere, elle doit beaucoup aux récentes statues équestres que Frémiet conçoit entre 1870 et 1883. Notons que l’une des plus intéressantes, la statue équestre de Louis d’Orléans faites à partir de données dites archéologiques devaient, sous le contrôle de l’architecte Viollet le duc, permettre de faire revivre le glorieux passé du château de Pierrefonds en cours de restauration. Le rôle de la statue d’Anne de Montmorency par Dubois a les mêmes visées. Selon les codes de représentation ayant cours dans la statuaire à la fin du XIXe siècle, la sculpture est narrativement liée à son emplacement. Le connétable est montré, non point – comme certains l’affirment sur le modèle de la statue équestre de Versailles ou de Pierrefonds – accueillant le visiteur, mais franchissant le seuil de son auguste demeure, de retour de combat comme le signifie l’épée tenue, la pointe dressée vers le ciel en manière de parade. Il est ainsi présenté en posture martiale, commanditaire et affectataire du château de Chantilly.
De même, les publications sur le château de Chantilly et le duc de Montmorency se multiplient durant le dernier tiers du XIXe siècle. Objet de dissertation et de fantasme, la fin du XIXe siècle le fait revivre de manière anecdotique et plus ou moins fidèle, pour l’assortir à un présent national. Voici l’extrait d’une conférence proposée par la très catholique Maison de la bonne presse sur la plaque photographique représentant – comme celle-ci– la sculpture d’Anne de Montmorency par Paul Dubois :
« Vue n°5. – Anne de Montmorency (statue de Dubois)
homme de guerre. Catholique sans alliage, il se tourna toujours du bon côté quand le protestantisme menaçait d’envahir la France. A son beau-frère, le prince de Condé, si délicat, si affiné, ne répétait-il pas en le saisissant par le aiguillettes de son pourpoint :
_ Je vous ai écrit rudement la vérité, Condé, et je vous la dirai de même ; il faut y regarder à deux fois avant de rompre avec notre Mère l’Eglise et notre Saint-Père le Pape. […] » (Maison de la bonne presse « Vue n°5. – Anne de Montmorency (statue de Dubois) », Les Conférences, Conférences avec projections, 10e année, t.II, 1910, p.4.