critique d’art

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Léon-Augustin Lhermitte, Chez les humbles, 1905, huile sur toile, H. 1.04, L. 0.90 m. The Metropolitan Museum of Art, New York.

Dans un xixe siècle de bouleversements idéologiques, religieux et politiques, plusieurs artistes européens réinvestissent, à partir des années 1880, la figure christique pour l’installer en plein Paris ou dans le monde rural. Ce phénomène de contemporanéisation est symptomatique des déplacements artistiques, littéraires et idéologiques à l’œuvre dans l’Europe présécessionniste. Aussi tâcherons-nous de répondre cette question posée par Zola devant Agar et Ismaël de Jean-Charles Cazin : « Pourquoi prendre des sujets bibliques et les habiller à la moderne ? »

Bibliotheca Hertziana, Rome, Palais Zuccari, « Sala del Disegno » (1924-1925).
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Au début du xxe siècle, l’essor de l’histoire de l’art en tant que discipline à part entière s’accompagne de la création de grandes bibliothèques spécialisées. La Bibliotheca Hertziana, la Bibliothèque d’art et d’archéologie voulue par Jacques Doucet et la bibliothèque d’Aby Warburg constituent trois exemples majeurs de ce phénomène. Même si leur genèse est presque simultanée, ces trois institutions, en raison des enjeux et des personnalités qui président à leur création, incarnent autant d’approches différentes de l’histoire de l’art.

Auguste Levêque, Hymne d’amour, non daté, huile sur toile, H. 1.82,  L. 2.35 m., Musée royal des beaux-arts d’Anvers.
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Jeune État né en 1830, la Belgique est depuis sa création en quête d’une identité culturelle. Dès lors, les critiques et historiens de l’art mettent en place au tournant du xxe siècle le concept nationaliste de l’art flamand, devant englober toute la production artistique du pays dans le giron du réalisme. Entre ostracisation et assimilation, le symbolisme, dont l’écho est considérable en Belgique, fait également l’objet de cette construction identitaire.

Jacopo Pontormo (1494-1557), La déposition. Vers 1528. Huile sur panneau. 
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Le xxe siècle voit s’opposer diverses interprétations du maniérisme. Les tenants de l’art moderne entreprennent d’abord de réhabiliter cet art longtemps méprisé en y reconnaissant une « proto-avant-garde » libérée du modèle classique. Mais des historiens de l’art, dans un esprit conservateur et nationaliste, en font un symbole de décadence artistique. Après 1945, au moment où l’Europe est en pleine reconstruction, le maniérisme est perçu comme un art véritablement européen ayant permis aux différentes nations de « parler » une même « langue »…

Ecouis, Collégiale Notre-Dame, façade occidentale.
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Entre les xiie et xve siècles, l’art européen est traversé par des courants stylistiques unificateurs s’expliquant principalement par un goût partagé pour des formes et des principes issus de l’observation de l’art classique, parfois à travers le prisme byzantin – style 1200 –, ou résultant de processus de percolation et d’adaptation – gothique rayonnant des années 1300, gothique international vers 1400. Ces moments de propagation de l’art « pré-gothique », expression critiquable, comme du lexique gothique ont été examinés par de nombreux spécialistes et ont donné lieu à des manifestations scientifiques majeures.

Couverture de l'ouvrage de Louis REAU, Histoire de l'expansion de l'art français. Pays scandinaves, Angleterre, Amérique du Nord, Paris, Henri Laurens, 1931.
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L’idée de « l’expansion de l’art français » naît, à la fin du xixe siècle, dans le contexte de la réaction contre la conception de l’histoire nationale romantique. Elle fait renaître les modèles de la pensée historique des Modernes du xviie siècle et des philosophes du siècle des Lumières. À travers les écrits de Louis Réau (1881-1961), cette idée s’installe dans l’historiographie française d’entre les deux guerres et domine les écrits de l’histoire de l’art française au moins jusqu’aux années 1960.

John Ruskin (1819-1900), autoportrait, 1875, aquarelle, 47.6 x 31.1 cm.
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La portée de l’œuvre de John Ruskin a été, et est encore, considérable tant en Angleterre que sur le continent. Son œuvre publiée constitue une véritable éducation esthétique et morale du regard pour ses contemporains victoriens. Véritable incarnation des aspirations esthétiques de son époque, l’œuvre de John Ruskin frappe pourtant par son ethnocentrisme, contournant soigneusement la question de la peinture française. Ce manque nous éclaire particulièrement sur sa vision fortement morale de l’art et de son rôle social.

André Belloguet, L’Europe animale : physiologie comique composée et dessinée sur les contours géographiques de l’Europe

La critique du XIXe siècle ne peut se comprendre sans une remise en contexte systématique de ses écrits. La démarche semble d’autant plus essentielle que, définissant généralement le nationalisme comme le souhait d’un peuple de se constituer en nation et, par conséquent, le souhait d’un peuple d’apparaître comme tel aux yeux de l’étranger, ces mêmes écrits se nourrissent et mettent en évidence l’existence de stéréotypes nationaux solidement ancrés. Mais le nationalisme est aussi une notion conflictuelle, ayant besoin d’un ennemi désigné pour permettre la révélation d’un tout unifié. Via la confrontation des « écoles nationales » européennes sur les champs de bataille pacifiques des grandes expositions internationales, il sera aussi au fondement d’une réécriture partiale de l’histoire de l’art.

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