égalité

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Frederick W. W. Howell, « Þórður Guðjohnsen with his children », Húsavík (Islande), vers 1900.
Photographie issue de la série « Fathers and Children » de B. Krishtul, 1969, RIA Novosti archive, image #684534. Source : Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ARIAN_archive_684534_Photo_work_from_series_of_photographs_%E2%80%9CFathers_and_Children%E2%80%9D_by_B._Krishtul.jpg
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Du pater familias tout-puissant aux « nouveaux pères » impliqués, présents auprès de leurs enfants : voilà la transformation majeure de la paternité en Europe aux xixe et xxe siècles. Au nom de l’intérêt de l’enfant, l’État commence à concurrencer les pères et à affaiblir leur position. La séparation du lieu de domicile et de travail sous l’effet de l’industrialisation et l’apparition d’une vision romantique de la maternité contribuent à éloigner les pères de la sphère familiale. Il faut attendre les années 1960 et 1970 pour qu’un nouveau type de père s’affirme, dans un contexte marqué par le mouvement féministe et le déclin du modèle « militaro-viril ». La paternité est réexaminée sous le signe de l’égalité, comme l’atteste le remplacement de l’autorité paternelle par l’autorité parentale ou l’introduction du congé de paternité. Finalement, des phénomènes comme la paternité gay et la monoparentalité masculine montrent que la pluralisation des formes familiales touche également les pères.

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En Europe comme ailleurs, les femmes ont été, pendant très longtemps, exclues des postes politiques. Il faut attendre l’issue du premier conflit mondial pour que la majorité des États européens accorde aux femmes le droit de vote et d’être élue, alors que ce droit est obtenu plus tardivement encore dans certains pays. Néanmoins, l’obtention du droit d’être élue ne s’est pas accompagnée d’une présence massive des femmes dans le champ politique. Et si, en lien avec les mobilisations paritaires et l’instauration de quotas à caractère contraignant dans les partis ou de règles électorales, une féminisation des classes politiques s’amorce depuis quelques décennies, elle reste très variable en Europe : plus effective dans les pays d’Europe du Nord, dans les partis de gauche et pour les mandats les moins prestigieux. Le champ politique demeure encore un univers plus masculin.

École professionnelle Bischoffsheim, Bruxelles, vers 1900. Carte postale.
École pratique de commerce et d’industrie de Rouen, cours de dactylographie, années 1920.  Carte postale. © Musée national de l’Éducation.
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L’histoire de la formation professionnelle forme un volet encore peu exploré de l’histoire des sociétés européennes, non seulement du fait de ses structures plus complexes que celles de l’enseignement « général » mais également du fait du statut social moins prestigieux qui lui est accordé. Encore plus méconnue est la place tenue par les filles et les femmes au sein des différents dispositifs nationaux, comme si leur formation à un métier ne constituait pas un enjeu. Or, dès le dernier tiers du xixe siècle, l’éducation professionnelle des femmes est discutée et se développe modestement aux côtés d’une offre de formation majoritairement masculine. Au-delà de la mosaïque des situations nationales, deux dynamiques principales sont à relever. L’une renvoie au mouvement d’émancipation des femmes que l’accès à la formation professionnelle et donc au marché du travail qualifié a rendu possible. L’autre interroge, dans le cadre de sociétés fortement impactées par les deux révolutions industrielles, la contribution des formations à la construction d’un marché du travail fortement segmenté selon le genre.

Le symbole du mouvement féministe est composé de celui de la planète Vénus choisi au XVIIIe siècle comme symbole biologique du sexe femelle, et du poing serré utilisé par les mouvements de protestation anti-guerre du Vietnam et Black Power des années 1960. Il apparaît pour la première fois comme symbole du Woman Power aux États-Unis en 1968 avant de se diffuser rapidement dans le reste du monde.
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges, 1791. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/WccuHC
Pour le suffrage des femmes : congrès international, Budapest 1913, 15-20 juin. Source : Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand https://goo.gl/t7RFyR
Manifestation féministe à Paris, rue Montmartre, le 29 mars 1914. Source : Bibliothèque nationale de France via Wikimedia Commons https://goo.gl/sv3ThS
« Femmes libres », affiche du syndicat anarchiste CNT (Confederación Nacional del Trabajo), Espagne 1936.
"Moi, j'ai avorté". Milan, manifestation pour le droit à l'avortement, janvier 1975, dans le magazine Epoca, n° 1268, p. 20.
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La sensibilité féministe précède de loin les mouvements du même nom. Dans le premier XIXe siècle, les idées féministes sont essentiellement portées par des individus, femmes ou hommes, les premiers mouvements féministes ne se formant en Europe qu’à partir du milieu du XIXe siècle. Ces mouvements revendiquent avant tout le droit pour les femmes de s’instruire et d’exercer librement leurs talents, notamment à travers une activité rémunérée et la participation aux affaires publiques. Bien qu’organisés pour la plupart dans le cadre des États-nations, ils se structurent très vite à l’échelle internationale. Mais les nationalismes et les deux guerres mondiales du XXe siècle mettent à l’épreuve leur internationalisme revendiqué. Les années 1970 et 1980 constituent un nouveau temps fort pour les mouvements féministes qui aspirent à la libération des femmes, sur le plan matériel et culturel. Avec la globalisation qui favorise les liens transnationaux, les féministes agissent aujourd’hui dans des cadres plus ou moins institutionnels et à divers niveaux, de l’échelle locale au niveau transnational.

Essen, mineurs dans la galerie (1961), photographie d’Egon Steiner.
« L’ouvrier et la Kolkhozienne », œuvre créée en 1937 par la sculptrice Vera Moukhina pour représenter l’Union soviétique à l’exposition universelle de Paris. La sculpture, composée des figures d’une femme brandissant la faucille, et d’un homme brandissant le marteau, symbolise les deux branches du prolétariat : les paysans et les ouvriers ; mais elle représente aussi sur un pied d’égalité les deux fondements de la société : la femme et l’homme. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/gdrgmv
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La naturalisation des qualités féminines et masculines, qui a servi à la répartition genrée des métiers, s’accentue au xixe siècle. Les métiers d’homme sont alors souvent fondés sur la force physique, mais aussi sur l’exercice des hautes fonctions publiques et des professions de savoir et de pouvoir, tandis que les métiers de femmes relèvent davantage de la dextérité et du domaine des soins ou de l’éducation. La transgression de l’ordre du genre des métiers a créé nombre de « premières » dans leur profession depuis la fin du xixe siècle, mais aussi quelques « premiers » jusqu’au début du xxie siècle. Leur histoire correspond notamment à la reconnaissance de droits accordés aux femmes et aux progrès de l’égalité professionnelle, sans aboutir toutefois à l’égalité salariale.

La consécration de deux nouveaux évêques par l’archevêque de l’Église de Suède Antje Jackelén (centre) : Johan Dalman, évêque de Strängnäs (gauche), et Mikael Mogren, évêque de Västerås (droite), cathédrale d’Uppsala, 6 septembre 2015.

Les questions de genre dans le protestantisme français et européen s’articulent autour de trois pôles : la participation aux luttes dans la société pour l’égalité des droits, l’inclusion et l’égalité dans les Églises, la production de théologies féministes ou LGBT. Des protestantes participent dès le xixe siècle aux premières luttes des femmes, sans que soit produite de théologie féministe. Dans la première partie du xxe siècle, alors qu’émerge la question de l’accès des femmes au ministère pastoral, se structurent des mouvements de jeunesse féminins, amenant la création d’un féminisme protestant dans les années 1960, actif dans les luttes pour la contraception et l’avortement. Les premières théologies féministes éclosent réellement dans les années 1970, particulièrement en Allemagne. À cette même période naissent des mouvements LGBT chrétiens, principalement en Grande-Bretagne dans un dialogue avec les États-Unis. Dans les Églises, les débats se concentrent sur l’accès des personnes LGBT au ministère de pasteur et de la demande de bénédiction d’union pour les couples de même sexe.

Vieux patriarche entouré de sa famille, Italie, vers 1910. La photographie met en scène les générations autour de la figure patriarcale. 
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Au xixe siècle et à travers une bonne partie du xxe siècle, l’autorité accordée aux pères est sous-tendue par le concept légal de patria potestas. Bien que cette position dominante remonte au droit romain, ce dernier continue de jouer un rôle déterminant au cours des deux derniers siècles. De manière générale, la période s’étalant du xvie au xviiie siècle voit la position du père s’affirmer et ce, d’autant plus manifestement dans le contexte du protestantisme. Le xixe siècle, quant à lui, voit la position du père se renforcer davantage. Cette supériorité de la figure de l’époux et du père (reflétée dans les termes de head of the family, chef de famille, jefe de famiglia, capofamiglia ou encore Familienoberhaupt) ne prendra fin dans les pays d’Europe occidentale qu’avec la réforme des lois sur la famille dans les années 1960 et 1970.

Défilé de la Bund Deutscher Mädel (Ligue des jeunes filles allemandes branche féminine des jeunesses hitlériennes), 1941.
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Qu’elle soit divine, immanente ou physiologique, la Nature est l’argument majeur qui, dans la continuité des Lumières, permet à l’époque contemporaine de justifier, sans la questionner, la domination masculine et l’infériorisation des femmes. Un consensus européen hiérarchise ainsi les sexes en fonction de leur nature : fragiles physiquement et mentalement, sans cesse souffrantes de par leur « organisation », les femmes sont le « sexe faible », soumis naturellement et nécessairement aux hommes, le « sexe fort » auquel est réservée la sphère publique. Le domaine des femmes, de par leur corps, est le privé, la maternité, voire l’amour. Cette naturalisation, aux lourds effets sociaux et politiques, est d’une étonnante stabilité : malgré les progrès scientifiques et la lutte contre les discriminations sexuées, elle ne vacille que dans le second xxe siècle, tardivement remise en cause et pourtant récupérée à leurs fins par des féministes. Au xxie siècle, la naturalisation des sexes retrouve de la vigueur à des fins opposées.

Ouvrières tourneuses à la machine (Lot-et-Garonne, 13 mars 1913)
Femme occupée à la moisson d’un champ de seigle (Suède 1900-1910). Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/sZZDR1
Femmes travaillant à la confection de masques à gaz en Grande-Bretagne pendant la Grande Guerre. Source : Wellcome Library, London https://wellcomeimages.org/indexplus/image/L0009248.html

Au début du XXe siècle, la majorité des femmes travaille à leur domicile, agricultrices ou isolées, travailleuses spécialisées dans les travaux de couture payés à la tâche… Au XXIe siècle, la quasi-totalité d’entre elles sont salariées, quelles que soient leur situation familiale et la profession de leur conjoint, et sortent de chez elles pour aller travailler, même pour quelques heures. Avec la diffusion du salariat, leur labeur est désormais visible, déconnecté de leur statut familial. Le divorce entre statut professionnel et familial est désormais consommé. Et cette situation n’est, depuis plusieurs décennies, plus jugée indigne et misérable. Pour les femmes, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, travailler est un tremplin vers l’autonomie économique – un grand pas vers la liberté.

Dans le monde du travail, les femmes sont tout sauf une minorité. L’apport de leur force de travail est depuis toujours massif et indispensable. Leur travail n’est jamais un accessoire pour la société, tout comme leur salaire n’est pas qu’un appoint pour leurs familles.

Suzanne Lenglen, la « diva du tennis », ou l’émancipation du corps féminin par le sport, 1923.
À peine ouvert aux femmes, le 800 mètres, remporté en 1928 par Lina Radke (à droite de la photo), leur est interdit jusqu’en 1960, jugé inadapté à la condition physique féminine. Source : Wikimedia Commons commons.wikimedia.org/wiki/File:HitomiKinue_at_Ams.jpg?uselang=fr
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Refondés en 1894 par Coubertin, les Jeux olympiques (JO), célébration de la virilité, sont réservés aux sportifs ; admises à participer à partir de 1900 aux épreuves dites compatibles avec leur féminité et leur fragilité, les femmes demeurent exclues des épreuves reines de l’athlétisme. Sur l’initiative de la Française Alice Milliat et de la Fédération sportive féminine internationale (FSFI), un bras de fer s’engage avec le Comité international olympique (CIO). Pour le faire céder, sont organisées des Olympiades féminines de 1922 à 1934. Les JO se féminisent peu à peu mais le déséquilibre sexué, y compris au CIO, domine tout le xxe siècle. Pour lutter contre ces effets de genre, la charte olympique rend obligatoire depuis 2007 la présence des femmes dans tout sport ; en 2014 la Commission européenne défend, elle, l’égalité dans le sport et le CIO inscrit la parité à l’agenda olympique 2020.

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