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Français
Attentat de la rue Saint-Nicaise contre Napoléon Bonaparte le 24 décembre 1800 (estampe, auteur inconnu). © BnF.
Attentat contre le tsar Alexandre II le 1er mars 1881 (auteur inconnu). Source : https://marjinalis.livejournal.com/10867.html
L’attentat de la gare de Bologne, le 2 août 1980.  Une du journal Il Resto del Carlino, édition extraordinaire du 2 août 1980.
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Fortement médiatisé, le phénomène terroriste pèse lourd dans l’histoire de l’Europe contemporaine, mais reste difficile à appréhender. Il ne répond en effet à aucune définition satisfaisante. Éparpillé entre divers groupes, tributaire des idéologies les plus variées, il ne saurait se réduire à une succession d’attentats, de revendications et de procès. Il est donc nécessaire de le replacer dans un contexte et une dynamique plus larges, en observant les liens qui se tissent entre les différents mouvements, et en esquissant une généalogie du phénomène. Le terrorisme émerge dans l’Europe du xixe siècle. La France du Consulat inaugure cette violence d’un nouveau genre, qui s’importe en Russie où elle est théorisée par les nihilistes, et gagne l’Europe entière. L’anti-terrorisme, fondé sur des lois d’exceptions, apparaît de manière presque concomitante. L’État, qu’il soit colonial, dictatorial, révolutionnaire, totalitaire, a pu être amené à ériger la terreur en instrument de gouvernement. Le terrorisme s’affirme ainsi comme un instrument politique au service de l’État comme de ses opposants.

Monument en mémoire de la déportation des Tatars de Crimée, à Eupatoria (Crimée), photo de Georgij Dolgopskij.
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En Union soviétique, lors de la Seconde Guerre mondiale, des minorités non russes de la Volga, du Caucase et de Crimée sont collectivement déportées selon le même modus operandi : rafle, transfert dans des wagons à bestiaux, relégation dans des zones inhospitalières et exploitation économique des bannis. De grande envergure avec plus de deux millions de personnes touchées, ces déportations successives représentent à l’échelle européenne une entreprise inédite de gestion des populations et de production industrielle et agricole. Si leur généalogie remonte à la campagne contre les Cosaques du Don pendant la guerre civile (1918-1921), les années 1930 en constituent un moment clé, avec des épisodes répressifs qui expriment la méfiance toujours plus forte de la direction du pays à l’endroit de plusieurs minorités non russes, perçues comme de potentiels ennemis de l’intérieur.

Des soldats britanniques donnent du chocolat à des civils néerlandais lors de la libération des Pays-Bas, 1944. Photographe : Sergent Laing de la no. 5 Army Film &Photographic Unit. Photographie B10245, Imperial War Museums.
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Mettant fin à une domination étrangère quelle qu’en soit le type – annexion de fait ou de jure, occupation militaire – et donc à une forme d’oppression, la libération apparaît comme un moment exceptionnel dans l’histoire des nations européennes. C’est aussi un moment fragile, de déprise comme de possible reprise de la violence, de rétablissement comme d’effondrement des structures étatiques, bref, un moment incertain de reconfiguration des rapports socio-politiques. Surtout, l’usage du terme participe souvent d’un discours de légitimation de l’action : ainsi les forces qui « libèrent » peuvent-elles se présenter elles-mêmes comme « libératrices », ou être perçues comme telles ou non par une partie des populations « libérées ». Dès lors que les expériences de la domination étrangère sont plurielles, celles des libérations ne répondent à aucun scénario pré-écrit.

La trêve de Noël 1914 sur le front belge (Ploegsteert) : Anglais et Allemands photographiés ensemble.
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Les fraternisations du front Ouest de la Première Guerre mondiale, très médiatisées depuis les années 2000, se sont muées en lieux de mémoire, symboles de la fraternité des peuples ouest-européens. Cette utilisation des fraternisations dans le discours d’une hypothétique « communauté mémorielle européenne » fait oublier que les fraternisations apparaissent dans des conditions particulières et sont plurielles. Initiées par les soldats, elles sont généralement farouchement combattues et condamnées par les hauts gradés.

Exécution d’un partisan à Minsk, 1942-1943. Panneau, en russe et en allemand : « Voici le chef d’un groupe de guérilla. Il a tourmenté et pillé la population pendant des mois. Il est donc PENDU ! ».
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La répression de l’Allemagne nazie dans les territoires occupés pendant la Seconde Guerre mondiale porte l’empreinte des expériences des guerres passées, tout en reposant sur une stratégie de dissuasion. L’année 1941 marque l’abandon définitif des règlements internationaux et le début de la systématisation des violences à grande échelle contre les civils, à commencer par les Juifs. En dépit de situations souvent très différentes, de forts liens et échanges existent entre régions occupées. Les expériences circulent ; les méthodes et stratégies sont observées, transférées et expérimentées d’un territoire à l’autre.

Lionel Royer, La reddition de Vercingétorix en -52, 1899
Photographie de Pesti Srác2, 31 octobre 1956, Budapest. Source : Fortepan https://goo.gl/cDFrF2
Mémorial de la Bataille des Nations à Leipzig.  Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/Bn53mi
Photographie de Helmut Kohl et François Mitterrand prise par Lothar Schaack, le 20 octobre 1987. Archives fédérales allemandes. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/XG2c8s
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La distinction vainqueurs-vaincus s’opérant à l’issue des nombreux conflits qui ont jalonné l’histoire européenne n’est pas stable sur le temps long. La perception que les deux groupes ont de la victoire comme de la défaite n’est en effet pas linéaire. Les postures des uns et des autres se construisent. Les traces mémorielles varient selon les époques. Les figures de vainqueurs et de vaincus évoluent dans leur confrontation aux faits et récits. L’ennemi – absolu ou conventionnel – devient héréditaire, affecté de stéréotypes qui façonnent son identité. L’explication de la défaite est inséparable de la personne du traître et du discours sur la trahison. Il semble donc pertinent de s’interroger sur la défaite, à rebours d’une histoire souvent bâtie sur les victoires, voire sur des défaites transformées en triomphes. Des vainqueurs-héros côtoient des vaincus-martyrs. La capitulation, l’occupation du territoire par l’ennemi appellent la revanche. Les traités de paix, au-delà de leur contenu effectif, sont interprétés diversement par les vaincus et les vainqueurs. Les recompositions territoriales qui en résultent créent des minorités de vaincus chez les vainqueurs.

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