Archive de la commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud : l’audition d’un tortionnaire

Ouverte en 1996, la commission Vérité et Réconciliation repose sur le principe de la justice restaurative : son objectif n’est pas de juger et de condamner les responsables des crimes liés à l’apartheid mais de les encourager à témoigner en échange de leur amnistie accordée par les victimes et leurs familles. Cette commission enquête sur les crimes de l’apartheid pour mieux réconcilier la société sud-africaine avec son passé. L’interrogatoire de Dirk Coetzee, un tortionnaire responsable de plusieurs assassinats politiques, montre, à travers le jugement d’un homme, que la commission cherche à mieux comprendre les causes historiques de la ségrégation en Afrique du Sud.

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Archive de la commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud : l’audition d’un tortionnaire

Ill. 1. Ouverture de la première audience de la Truth and Réconciliation Commission à East London (Afrique du Sud), avril 1996. Le président Desmond Tutu (en robe cléricale anglicane) à sa gauche le révérend Bongani Finca et à sa droite Alex Boraine.  Sur la pancarte, on lit le slogan « Healing Our Past », (Soignons notre passé),
Ill. 1. Ouverture de la première audience de la Truth and Réconciliation Commission à East London (Afrique du Sud), avril 1996. Le président Desmond Tutu (en robe cléricale anglicane) à sa gauche le révérend Bongani Finca et à sa droite Alex Boraine. Sur la pancarte, on lit le slogan « Healing Our Past », (Soignons notre passé), source : Encyclopedia Britanica
Ill.2. Un témoin devant la commission
Ill.2. Un témoin devant la commission - Source : Huffpost
Sommaire

Contexte : la commission Vérité et Réconciliation, une « justice restaurative » pour les crimes de l’apartheid

La commission Vérité et Réconciliation est sans doute l’héritage le plus important laissé par la présidence de Nelson Mandela (1994-1999). Cette commission a été créée en 1995 pour tourner la page de l’apartheid en évitant la guerre civile et raciale redoutée par Frederik De Klerk. L’objectif de cette commission n’est pas de condamner les personnes reconnues coupables de l’oppression de l’apartheid (justice rétributive) mais de restaurer la dignité de victimes (justice restaurative) en faisant toute la lumière sur les crimes commis contre les populations noires mais également contre les populations blanches en lutte contre l’apartheid.

Cette commission est indépendante du gouvernement et peut accorder l’amnistie en échange de la vérité sur les crimes commis. Elle s’inspire de la « commission nationale des disparus » créée en 1983 en Argentine pour faire la lumière sur les exactions de la dictature militaire (1976 - 1983) et de la « commission nationale Vérité et Réconciliation » mise en place au Chili en 1990 pour enquêter sur le sort des victimes du régime d’Augusto Pinochet (1973 – 1990).

Dans un premier temps, la commission Vérité et Réconciliation a enregistré les dépositions des victimes du système d’apartheid. Sur les 20 000 témoins qui se sont présentés, 19 000 témoignages ont été jugés relever des crimes de l’apartheid. Cette opération a permis aux victimes de faire entendre leurs voix et de documenter l’étendue des exactions liées à l’apartheid, comme les spoliations, les enlèvements de personnes, les actes de torture et les meurtres.

En même temps, la commission a entendu les responsables des crimes en leur faisant espérer un possible amnistie. Cette solution a été jugée plus efficace qu’un jugement pour accusation de crime qui aurait abouti à de longs procès avec dissimulation de la vérité par les accusés. De fait, les audiences étaient souvent éprouvantes en raison des détails enregistrés sur les tortures et les meurtres des opposants politiques (Ill.2). Finalement, sur les 7 112 demandes d’amnistie entendues par la commission, seules 849 se sont conclues par une amnistie car les familles de victimes n’entendaient pas toujours accorder leur pardon.

La commission, dirigée par Desmond Tutu (1931-2021), archevêque anglican du Cap et prix Nobel de la paix 1984, est critiquée pour son approche chrétienne de la justice, favorable au pardon, mais également pour sa justice restaurative auxquelles pouvaient s’opposer les victimes qui réclamaient une justice rétributive avec condamnation des coupables. Cependant, ce dispositif judicaire a permis d’associer plus étroitement les victimes aux procès, atténuant, sans tout à fait les apaiser, les mémoires conflictuelles de l’apartheid dans la société sud-africaine. La commission Vérité et Réconciliation a inspiré d’autres procès de justice restaurative dans une quinzaine de pays, du Canada (procès des pensionnats autochtones) au Pérou (procès des acteurs du conflit armé péruvien entre 1980 et 2000).

Encore active en 2023, la commission poursuit son travail et son site permet d’accéder à tous les témoignages et les transcriptions des audiences. Ces archives de la commission Vérité et Réconciliation sont riches de plusieurs milliers de documents. Avec la mise en ligne de ces archives, l’historien a la possibilité de revivre minute par minute le déroulement des audiences grâce aux procès-verbaux qui relatent scrupuleusement les paroles mais aussi les hésitations et les silences des accusés et des victimes.

Archive : l’audition du capitaine Dirk Coetzee devant la TRC (Truth and Reconciliation Commission) en décembre 1996

[…]

MR JANSEN: Thank you, Mr Chairman. Mr Coetzee, from the period August 1980 to December 1981 you were the commander of the Section C1 Unit of the Security Police Headquarters. --- That's correct, Mr Chairman.

And it was based at Vlakplaas. --- That's correct.

It was during your duties there that you were involved in the Mxenge matter, in the Mxenge murder. --- That's correct, Mr Chairman.

Mr Coetzee, as far as your personal background is concerned, you were born in 1945 in Pokwani in the Eastern Cape, is that correct? --- In the Northern Cape, that's correct, Mr Chairman.

Sorry. Where did you grow up? --- At the tender age of two years, I think, my father moved to Pretoria and I grew up for the rest of my school days in Pretoria, Mr Chairman.

Mr Chairman.

Did you grow up in an Afrikaans family? --- That's correct, Mr Chairman.

Were both your parents Afrikaans? --- Both my parents were Afrikaans, that's correct.

Where did you go to school? --- I schooled in Rietfontein Noord, and Afrikaans suburb of Pretoria, my primary school, and Wonderboom High School in Pretoria, very near to my house.

Did your family belong to a church? --- Yes, they did, Mr Chairman, the Dutch Reformed Church.

How would you describe your family? Were they - more particularly politically? Were they conservative or progressive? --- Typical Afrikaner conservative National Party members, Mr Chairman.

As a school child did you have any black friends, or did you come into contact with black people of your own age? --- Not at all, Mr Chairman.

Was your - were your parents in any way involved in politics? --- My father was a member of the Ari Becker branch of the National Party in Wonderboom South, Mr Chairman.

Were any of your parents involved in military activities? --- That's correct, Your Honour. My father was a member of the Hercules Commandos in Pretoria.

Did you have any knowledge of the military activities he was involved in? --- Correct, Mr Chairman. In the early 60s he was one - his commando was given the instruction to guard Swartkops Air Force Base during the unrest in the early 60s.

Were you involved in the Voortrekker Youth Movement? /--- I

--- I was, Mr Chairman.

Could you just briefly tell the Honourable Committee Members what Voortrekker activities consisted of? --- Mr Chairman, it was a youth movement wearing para-military uniform, based on the traditions of our forebears, the Voortrekkers - going on camps, singing typical Afrikaans songs, being educated in the history of our forebears, and camping expeditions, etcetera, Mr Chairman.

In your understanding at the time was politics and religion connected in any way? --- 100%, Mr Chairman. And, to be more specific, the National Party and the Dutch Reformed Church.

Did you believe in the underlying philosophy or teachings of the Day of the Covenant or the Day of the Vow, 16 December? --- At the time I did with my heart and soul, Mr Chairman.

What did you understand? What was the background to the commemoration of that day? --- It was the specific day that God has given the Zulus into the hands of the Voortrekkers at Blood River, and a covenant that was made that day, a promise that was made that day to God. It will be a yearly commemoration of the specific day for the triumph over the Zulu nation which occurred on that day.

Again at the time did you understand that philosophy to be relevant to the present day politics of that time? --- Absolutely, Mr Chairman.

Did you believe that God in fact had given this country for the Afrikaners as its own? --- That was my belief, Mr Chairman.

Can you recall the advent of the Republic in 1961, and the festivities thereof? --- I can clearly recall

/it, Mr Chairman, and especially in the year previous to that when Dr Verwoerd walked out of the Commonwealth. We saw it as a big step forward for the Afrikaner, and the specific day when we became called our own Republic - independence. It was a very great day which I attended personally at Church Square, and it made a big impression on me, Mr Chairman.

You matriculate in 1963, is that correct? --- That's correct, Mr Chairman.

Were you obliged to do military training after your schooling? --- No, Mr Chairman, I wasn't, because at that time it was a nine-month military training period. On a lottery basis it worked, and I was allotted free - not to do military training.

Did you do military training? --- I did eventually, Mr Chairman, in 1966, when I volunteered and did my nine months' military training in the South African Navy, Mr Chairman.

Why did you volunteer? --- Well, I felt left out in the cold, and not being part of the nation that had to defend this country, Mr Chairman.

Do you think that was the average sympathies of a typical Afrikaner son of your age at that time? --- That was, Mr Chairman, I'm afraid.

At the time would you have been prepared to die for your country in the military context? --- Absolutely, Mr Chairman.

Would you have been prepared to kill for your country? --- I would, Mr Chairman.

Why do you say so? --- Well, it was - as I say, I was born into this environment, grew up in this

environment, where we were made to believe - I were made to believe that we were God's own people. We were the last southern Christian tip on the southern tip of Africa, that we were threatened with a communist revolutionary onslaught from the north, which if it was ever to succeed would plunge the southern tip of Africa into chaos, Mr Chairman.

Again would you in your opinion say that that was the typical type of attitude and understanding of an Afrikaans person of your age at the time? --- It was, Mr Chairman.

 

Extrait de la transcription de l’audition du Cpt Dirk Coetzee devant la TRC (Truth and Reconciliation Commission) en décembre 1996. Archives en ligne de la commission    
 

Traduction proposée par Gilles Teulié :

 

M. JANSEN : Merci, Monsieur le Président. M. Coetzee, d'août 1980 à décembre 1981, vous étiez le commandant de la section C1 du quartier général de la police de sécurité. --- C’est exact, Monsieur le Président.

Et elle était basée à Vlakplaas. --- C'est exact.

C'est dans le cadre de vos fonctions à Vlakplaas que vous avez été impliqué dans l'affaire Mxenge, dans le meurtre de Mxenge. --- C'est exact, Monsieur le Président.

M. Coetzee, en ce qui concerne votre parcours personnel, vous êtes né en 1945 à Pokwani, dans la province du Cap-Oriental, est-ce exact ? --- Dans le Cap Nord, c'est exact, Monsieur le Président.

Excusez-moi. Où avez-vous grandi ? --- A l'âge de deux ans, je crois, mon père a déménagé à Pretoria et j'ai grandi jusqu'à la fin de ma scolarité à Pretoria, Monsieur le Président.

Avez-vous grandi dans une famille afrikaner ? --- C'est exact, Monsieur le Président.

Vos deux parents étaient-ils afrikaners ? --- Mes deux parents étaient afrikaners, c'est exact.

Où êtes-vous allé à l'école ? --- J'ai fréquenté l'école primaire à Rietfontein Noord, une banlieue afrikaner de Pretoria, et je suis allé au lycée Wonderboom à Pretoria, tout près de chez moi.

Votre famille était-elle membre d’une église ? --- Oui, Monsieur le Président, l'Église réformée néerlandaise.

Comment décririez-vous votre famille ? Sur le plan politique plus particulièrement, vos parents étaient-ils conservateurs ou progressistes ? --- C’étaient des membres typiques du Parti national conservateur afrikaner, Monsieur le Président.

Lorsque vous étiez écolier, aviez-vous des amis noirs ou étiez-vous en contact avec des Noirs de votre âge ? --- Pas du tout, Monsieur le Président.

Vos parents étaient-ils impliqués d'une manière ou d'une autre en politique ? --- Mon père était membre de la branche Ari Becker du parti national à Wonderboom South, Monsieur le Président.

L'un de vos parents était-il impliqué dans des activités militaires ? --- C'est exact, Monsieur le juge. Mon père était membre des Hercules Commandos à Pretoria.

Aviez-vous connaissance des activités militaires auxquelles il participait ? --- oui Monsieur le Président. Au début des années 60, il était l'un des commandos chargés de surveiller la base aérienne de Swartkops pendant les troubles du début des années 60.

Avez-vous participé au mouvement de jeunesse Voortrekker ? --- Oui, Monsieur le Président.

Pourriez-vous expliquer brièvement aux membres du comité en quoi consistaient les activités du Voortrekker ? --- Monsieur le Président, il s'agissait d'un mouvement de jeunesse portant un uniforme paramilitaire, basé sur les traditions de nos ancêtres, les Voortrekkers – Il s’agissait pour nous de participer à des camps, de chanter des chansons traditionnelles en afrikaans, d’apprendre l'histoire de nos ancêtres, d’organiser des expéditions pour dormir à la belle étoile, etc.

Selon vous, à l'époque, la politique et la religion étaient-elles liées d'une manière ou d'une autre ? --- A 100%, Monsieur le Président. Et, pour être plus précis, [il s’agissait d’une alliance entre] le Parti national et l'Église réformée néerlandaise.

Avez-vous cru à la philosophie ou aux enseignements véhiculés par la Journée de l'Alliance ou la Journée du Vœu, le 16 décembre ? --- À l'époque, j'y croyais de tout mon cœur et de toute mon âme, Monsieur le Président.

Qu'avez-vous compris à propos de ce jour de commémoration ? --- C'est le jour précis où Dieu a remis les Zoulous entre les mains des Voortrekkers à Blood River [16 décembre 1838] ; une alliance a été conclue ce jour-là avec Dieu, une promesse lui a été faite ce jour-là. A partir de là c’est devenu la commémoration annuelle du jour du triomphe sur la nation zouloue.

À l'époque, avez-vous compris que cette philosophie était pertinente pour la politique actuelle ? --- Absolument, Monsieur le Président.

Croyiez-vous que Dieu avait donné ce pays aux Afrikaners pour qu'ils se l'approprient ? --- C'était ma conviction, Monsieur le Président.

Vous souvenez-vous de l'avènement de la République en 1961 et des festivités qui l'ont accompagné ? --- Je m'en souviens très bien

/Je me souviens très bien de cette année-là, Monsieur le Président, et surtout de l'année précédente, lorsque le Dr Verwoerd a quitté le Commonwealth. Nous y avons vu un grand pas en avant pour les Afrikaners, et tout particulièrement le jour précis où nous sommes devenus une République – nous étions indépendant. Ce fut un très grand jour auquel j'ai assisté personnellement à Church Square et qui m'a beaucoup impressionné, Monsieur le Président.

Vous avez obtenu votre diplôme en 1963, est-ce exact ? --- C'est exact, Monsieur le Président.

Avez-vous été obligé de suivre une formation militaire après votre scolarité ? --- Non, Monsieur le Président, je ne l'ai pas été, parce qu'à l'époque, il s'agissait d'une période de formation militaire de neuf mois. Le tirage au sort a fonctionné, et j'ai été exempté - pas de formation militaire.

Avez-vous suivi une formation militaire ? --- J'ai fini par le faire, Monsieur le Président, en 1966, lorsque je me suis porté volontaire et que j'ai suivi ma formation militaire de neuf mois dans la marine sud-africaine, Monsieur le Président.

Pourquoi vous êtes-vous porté volontaire ? --- Eh bien, je me sentais exclu, je ne faisais pas partie de la nation qui devait défendre ce pays, Monsieur le Président.

Pensez-vous que c'était ce que ressentaient les jeunes afrikaners de votre âge à cette époque ? --- C'était le cas, Monsieur le Président, j'en ai bien peur.

À l'époque, auriez-vous été prêt à mourir pour votre pays dans un contexte militaire ? --- Absolument, Monsieur le Président.

Auriez-vous été prêt à tuer pour votre pays ? --- Oui, Monsieur le Président.

Pourquoi dites-vous cela ? --- Eh bien, c'était - comme je l'ai dit, je suis né dans cet environnement, j'ai grandi dans cet environnement, où l'on nous a fait croire - on m'a fait croire que nous étions le peuple élu de Dieu. Nous étions la dernière patrie chrétienne de la pointe sud de l'Afrique, et nous étions menacés par une attaque de révolutionnaires communistes venant du nord, qui, si elle réussissait, plongerait l'Afrique australe dans le chaos, Monsieur le Président.

Encore une fois, diriez-vous que vous aviez le profil typique d'un Afrikaner de votre âge à cette époque ? --- C'était le cas, Monsieur le Président.

[…]

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Dans cet extrait, les membres de la commission cherchent à comprendre les actes d’un tortionnaire par son passé et ses croyances politiques. C’est là une interrogation récurrente depuis le procès de Nuremberg : essayer de comprendre comment des personnes ordinaires ont pu devenir des bourreaux dans un contexte politique répressif. Ici, le tristement célèbre capitaine Dirk Coetzee (1945-2013) est interrogé sur sa jeunesse et sa famille. Il fut le premier policier de l’apartheid à demander l’amnistie. Commandant de l’unité C1, il a dirigé une escouade de la mort qui a assassiné un nombre important d’opposants politiques, hommes, femmes et enfants, en Afrique du Sud, comme à l’étranger. Son équipe a notamment battu et poignardé l’avocat Griffith Mxenge (1935 – 1981), près de Durban, meurtre dont il rend compte dans son témoignage à la TRC et pour lequel il obtiendra l’amnistie.

Dans l’extrait proposé, on apprend que les parents de Dirk Coetzee sont afrikaners (« afrikaans » dans le texte) et qu’il appartient lui-même à l’Église réformée néerlandaise d’Afrique du Sud qui est aussi celle du premier président de l’apartheid, Daniel François Malan (1874 – 1959). Élevé dans la communauté afrikaner, conservateur, nationaliste, protestant, il explique avoir été très investi dans le mouvement de jeunesse afrikaner et avoir intégré l’idéologie afrikaner fondée sur le culte de la violence armée, le mépris à l’égard des populations noires et le mythe de l’élection divine : Dieu aurait donné l’Afrique du Sud aux descendants des colons néerlandais.

Cette idéologie afrikaner s’appuie sur la relecture d’un épisode historique fondateur : le Grand Trek (1835 - 1840), la grande migration des populations afrikaners des colonies du Cap vers les terres intérieures pour échapper aux autorités britanniques. Cette migration est devenue une épopée nationaliste au début du xxe siècle, mise en scène par le « Parti national » afrikaner crée en 1914. C’est particulièrement le cas de la bataille de la Rivière Sanglante (16 décembre 1838) lors de laquelle plusieurs milliers de guerriers zoulous trouvèrent la mort. Cette victoire contre les Zoulous, commémorée tous les 16 décembre par le « parti national » – une cérémonie à laquelle a assisté Dirk Coetzee dans sa jeunesse – devient le symbole de l’élection divine du peuple afrikaner en Afrique du Sud et vient également légitimer la ségrégation raciale : cette victoire est en effet présentée comme une vengeance après la « trahison » du roi zoulou Dingane kaSenzangakhona accusé d’avoir massacré les colons blancs.

Dirk Coetzee est en ce sens un pur héritier de la tradition afrikaner, certain de sa « supériorité raciale » et protégé de Dieu, avec pour mission de « civiliser » un peuple « païen ». Ainsi le procès de Coetzee est-il aussi le procès d’une idéologie nationaliste et raciste que l’accusé lui-même semble dénoncer pour mieux justifier ses actes.

Citer cet article

Gilles Teulié , « Archive de la commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud : l’audition d’un tortionnaire », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 08/07/23 , consulté le 24/07/2024. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/22132

Bibliographie

Tutu, Desmond (dir.), Amnistier l’apartheid, Seuil, 2004.

Cassin, Barbara, Cayla Olivier et Salazar Philippe-Joseph (dir.), Vérité, réconciliation, réparation, Paris, Seuil, 2004.

Krog, Antjie, La douleur des mots, Arles, Acte Sud, 2004.

Awono Manadzama Rhoméo, La Commission vérité et réconciliation, Editions Universitaires Européennes, 2011.

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