Acteurs et mémoires de la guerre d’Algérie

Optionnelle dans les programmes d’histoire de terminale de 2012, la question des mémoires de la guerre d’Algérie devient obligatoire dans ceux de 2019 avec une double entrée possible pour les élèves : elle est présente dans le tronc commun (point de passage et ouverture « La guerre d’Algérie et ses mémoires ») et en spécialité HGGSP (jalon « Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie »). L’usage du pluriel « mémoires » renvoie le plus souvent à la distinction qu’il faut opérer entre plusieurs groupes mémoriels qui se sont construits chacun différemment après 1962 dans le souvenir de l’expérience de cette guerre et de ses conséquences : soldats, harkis, pieds-noirs, anticolonialistes. Encore faut-il décrire l’évolution historique sur soixante ans de ces groupes mémoriels en précisant leurs spécificités tout en signalant qu’ils ne sont pas non plus homogènes.

Affiche de l’association « Au nom de la mémoire » pour le 30e anniversaire du 17 octobre 1961. © Établissement public du palais de la Porte-Dorée/
Affiche de l’association « Au nom de la mémoire » pour le 30e anniversaire du 17 octobre 1961. © Établissement public du palais de la Porte-Dorée/Collections du Musée national de l'histoire de l’immigration
Commémoration par la Fnaca (Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie) du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, 19 mars 2019, à Bézues-Bajon (Gers). Photo
Commémoration par la Fnaca (Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie) du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, 19 mars 2019, à Bézues-Bajon (Gers). Photo : Dépêche du Midi, Yves Saint-Arroman.
Pèlerinage de Notre-Dame Santa Cruz à Nîmes, 31 mai 2019, Midi Libre.
Pèlerinage de Notre-Dame Santa Cruz à Nîmes, 31 mai 2019, Midi Libre. Photo : Midi Libre/Y.P..
Grève de la faim du militant harki Abdelkrim Klech à Paris, décembre1997.
Grève de la faim du militant harki Abdelkrim Klech à Paris, décembre1997. Source : Association Harkis Dordogne.
Sommaire

Mémoires des anciens combattants

La guerre d’Algérie mobilise environ 1,5 million de soldats français dont 1,2 million d’appelés. C’est une génération entière de jeunes français qui est concernée par ce conflit. Dès les premières années de la guerre, certains appelés fondent des associations pour défendre les droits des anciens soldats. Trois d’entre trois elles se réunissent en 1958 sous le nom de « Fédération nationale des anciens d’Algérie » qui deviendra par la suite la « Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie » (Fnaca). Cette fédération est plutôt située à gauche de l’échiquier politique et réunit le plus grand nombre d’adhérents. À côté d’elle, d’autres associations voient le jour comme la FNCPG-CATM (Fédération nationale des combattants prisonniers de guerre – Combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc) plutôt centriste, ou l’UNC-AFN (Union nationale des combattants – Afrique du Nord) marquée à droite et favorable à l’Algérie française qui fusionnera en 1984 avec l’UNC historique fondée en 1918. Certains anciens combattants rejoignent des associations déjà existantes comme l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) créée en 1917 et proche du parti communiste. Initiée en 2004, l’association anticolonialiste 4ACG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre) est engagée dans la dénonciation de la guerre et la réconciliation avec les Algériens. Ses membres reversent leur pension de combattant pour financer des actions de solidarité dans le monde, notamment en Algérie, et témoignent de leur expérience auprès des publics scolaires aux côtés d’anciens rapatriés, harkis et combattants indépendantistes algériens.

Dès la fin de la guerre, toutes les associations revendiquent auprès de l’État la reconnaissance du statut d’anciens combattants pour les appelés, ce qu’ils obtiennent en 1974. Alors même que l’État évoque pendant près de 40 ans des « opérations de maintien de l’ordre », les associations demandent également la reconnaissance officielle de la « guerre d’Algérie » qui sera réalisée par une loi votée au Parlement en 1999. Sur le plan des politiques mémorielles, la Fnaca demande la création d’une journée nationale de commémoration le 19 mars, jour du cessez-le-feu après les accords d’Évian, qu’elle célèbre localement dès 1963. La présence de la Fnaca dans certaines municipalités de gauche entraîne, dans les décennies suivantes, la création de noms de rues ou places « 19 mars » ou « 19 mars 1962 ». Alors que d’autres associations d’anciens combattants (UNC) sont favorables à la journée nationale du 5 décembre instituée en 2003 et refusent celle du 19 mars en solidarité avec les harkis et rapatriés, le Parlement à majorité de gauche vote en décembre 2012 une loi instituant le 19 mars comme « journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ».

Mémoires des harkis

Si le terme « harki » désigne pendant la guerre d’Algérie un statut administratif colonial pour des « Français musulmans » engagés pour des raisons diverses dans l’armée française comme supplétifs, sa signification évolue dans les décennies suivantes en France pour recouvrir une identité sociale transgénérationnelle. Pour les 90 000 harkis et leur famille qui ont pu être rapatriés en France et ainsi échapper aux représailles du FLN, les conséquences de la guerre durent bien après l’été 1962. Près de 42 000 d’entre eux sont internés par voie militaire à leur arrivée dans des camps de transit situés en France méridionale (Larzac, Bourg-Lastic, Rivesaltes, Rye-Le-Vigeant, Saint-Maurice-l’Ardoise). Environ 7 000 sont ensuite « reclassés » dans des hameaux de forestage ou des « centres d’accueil » (Bias, Saint-Maurice-l’Ardoise) où, dans ce cas, ils vivent pendant des années totalement isolés de la société dans des lieux fermés – entourés pour certains de fil barbelés –, et particulièrement contraints (couvre-feu, autorisation obligatoire pour un droit de visite d’autres personnes, lecture du courrier par les autorités). Confrontés plus largement à des problèmes de scolarisation, de logement et d’insertion professionnelle, les harkis voient leurs intérêts défendus par plusieurs associations créées au début des années 1970 comme la Confédération des Français musulmans rapatriés d’Algérie et leurs amis (CFMRAA). Ces associations revendiquent alors l’accès à l’emploi, des indemnisations, le droit de circulation entre la France et l’Algérie, la création de lieux de culte et la mise en place de carrés musulmans dans les cimetières. En 1975, des enfants de harkis se révoltent dans les camps de Bias et de Saint-Maurice-l’Ardoise (grèves de la faim, occupation de locaux, prises d’otages avec armes) et font ainsi connaître leur sort auprès des médias et de l’opinion publique. Le gouvernement décide alors de fermer ces camps en relogeant les familles ce qui prendra encore plusieurs années. Le sort des harkis, vivant la plupart du temps dans des cités HLM, se mêle alors au problème du racisme anti-arabe vécu par les immigrés d’Afrique du Nord et leurs descendants. Il faut signaler à ce titre l’importance du rôle d’enfants de harkis dans l’organisation en 1983 de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » dite « Marche des Beurs ». Des mobilisations de harkis se poursuivent ensuite sous la forme d’émeutes (1991, 1994) ou de grèves de la faim (1997-1998) qui alertent régulièrement les autorités publiques sur les problèmes de racisme, de logement et de chômage qu’ils subissent.

Les revendications mémorielles portées par les associations auprès de l’État français vont se structurer dans les années 1990 autour de l’argument de la fidélité à la France combattante pendant la guerre. Elles trouvent un soutien auprès des partis de droite et des nostalgiques de l’Algérie française. Une première loi votée en 1994 reconnaît aux harkis « les sacrifices qu’ils ont consentis » en créant notamment un nouveau statut de « victimes de la captivité en Algérie » ouvrant droit à des pensions militaires. Le président Jacques Chirac préside ensuite une commémoration le 25 septembre 2001 rendant hommage aux harkis « qui se sont battus pour la France » avant de prendre un décret, le 31 mars 2003, instituant chaque 25 septembre une « Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu’ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie ».

Dans les années 2000, les enfants de harkis fondent des associations comme « Harkis et droits de l’Homme » (2004) et publient des témoignages documentés ou des romans (Moze de Zahia Rahmani, Mon père, ce harki de Dalila Kerchouche, Fille de harki de Fatima Besnaci-Lancou) qui diffusent un nouveau récit sur l’expérience des harkis. Il ne s’agit plus de commémorer la loyauté d’hommes envers la France combattante mais de dénoncer les blessures durables produites par les crimes et les persécutions en Algérie, et par l’exclusion sociale vécue par les familles après 1962 sur le territoire français. Les demandes de réparations symboliques et matérielles pour ces préjudices trouvent cette fois le soutien de partis et d’organisations de gauche comme la LDH.

Mémoires des pieds-noirs

Le terme de pieds-noirs désigne l’ensemble des citoyens français (près d’un million) nés en Algérie qui ont obtenu, principalement entre 1961 et 1962, le statut de rapatrié en s’installant en métropole, territoire alors inconnu pour la plupart. La catégorie juridique de rapatriés évolue avec la loi du 26 décembre 1961 pour s’appliquer à la situation des pieds-noirs, soit « des Français ayant dû ou estimer devoir quitter, par suite d’événements politiques, un territoire où ils étaient établis, et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France ». À partir de cette population composite socialement et culturellement (chrétiens, juifs, sans religion), une nouvelle identité collective émerge après 1962 dont la mémoire de la guerre devient une composante majeure.

La mémoire des pieds-noirs est d’abord une mémoire de l’exil. La littérature devient l’expression de l’expérience douloureuse d’un territoire perdu, mêlée d’un sentiment d’abandon et de trahison de l’État. Des romanciers pieds-noirs décrivent une vie idyllique en Algérie que la guerre, synonyme de départ, est venue brutalement briser, à travers des romans parfois emprunts de nostalgie – ou de « nostalgérie » – (Jules Roy, Les chevaux du soleil, 1967-1975, saga en 6 tomes ; Louis Gardel, L’été fracassé, 1973 ; Alain Vircondelet, Alger l’Amour, 1982).

Les premières associations pieds-noires comme l’Anfanoma (Association nationale des Français d’Afrique du Nord et d’Outre-Mer et de leurs amis) et le FNR (Front national des rapatriés) réclament des indemnisations matérielles, pour la perte des biens détenus en Algérie et soutiennent le vote de lois d’amnisties pour les activistes de l’OAS. Des amicales locales favorisent la reconstruction d’une sociabilité à travers des événements festifs ou des pratiques cultuelles comme le pèlerinage annuel pour l’Ascension au sanctuaire Notre-Dame de Santa-Cruz, à Nîmes, où une statue de la Vierge Marie a été ramenée d’Oran en 1965. Ce pèlerinage rassemble plusieurs dizaines de milliers de pieds-noirs au début des années 1970. Parallèlement, les premiers mémoriaux des rapatriés en hommage à leurs morts voient le jour comme le Mémorial national des rapatriés inauguré en 1965 à Aix-en-Provence, ou celui de Nice créé en 1973 qui porte l’inscription : « 1830-1962. Passant, souviens-toi qu’il y eut une Algérie française et n’oublie jamais ceux qui sont morts pour elle. »

Progressivement, certaines associations comme le « Cercle algérianiste » créé en 1973 construisent une mémoire spécifique de la guerre. Pour ces militants qui récusent le terme de « rapatrié », il s’agit non seulement de sauvegarder une identité pied-noir en péril mais également de contester une histoire officielle considérée comme mensongère. Le « Centre de documentation historique sur l’Algérie » est fondé en 1974 à Aix-en-Provence et des maisons d’édition (Éditions de l’Atlanthrope créées en 1973) défendent un autre récit de l’Algérie coloniale, reprenant à leur compte l’idée coloniale de la « mission civilisatrice » de la France en Algérie. Ces associations commémorent également le souvenir des victimes françaises lors des massacres de la rue d’Isly le 26 mars 1962 et d’Oran le 5 juillet 1962. Dans cette relecture du passé colonial, elles sont suivies à partir des années 1980 par certains élus de droite et d’extrême droite, principalement dans les conscriptions du sud de la France. Associées à certaines associations harkis, ces revendications mémorielles deviennent des arguments dans les campagnes électorales régionales et locales. La multiplication de noms de rues, de ronds-points, de stèles commémoratives en hommage aux rapatriés (promenade des Anglais à Nice ou Narbonne en 2012) ou à des membres de l’OAS (cimetière de Perpignan en 2003, de Marignane en 2005) est une conséquence directe de l’influence politique de ces associations. Des musées et centre d’archives sont créés (Centre national de documentation des Français d’Algérie inauguré en 2012 à Perpignan sous la responsabilité du Cercle algérianiste, Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du Nord inauguré en 2019 à Aix-en-Provence), ainsi que des mémoriaux (« Mur des disparus » pieds-noirs inauguré en 2007 à Perpignan). À l’échelle nationale, les actions des associations pieds-noires aboutissent au vote de la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Dans le domaine commémoratif, le 5 juillet (massacre d’Oran) est une journée de commémoration dans les municipalités méridionales où se concentrent les associations pieds-noires et fait l’objet d’une demande de reconnaissance nationale.

Le paysage associatif se révèle pour autant hétérogène, parfois clivé. Tandis que les militants de l’Adimad (Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus en exilés politiques de l’Algérie française) se mobilisent pour l’érection de monuments en hommage à d’anciens membres de l’OAS, ceux de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) défendent la mémoire des anciennes victimes de l’OAS. L’Association nationale des pieds-noirs progressistes et de leurs amis (ANPNPA) créée en 2008 et l’association Coup de soleil située en Rhône-Alpes créée en 1985 ont réagi en dénonçant toute réhabilitation du système colonial. Si les mobilisations identitaires pieds-noires ont de plus en plus porté sur les questions mémorielles, l’expérience de l’exil, commune au million de personnes ayant dû traverser la Méditerranée en 1961-1962, n’a pas pour autant produit une mémoire homogène.

Mémoires anticoloniales

La mémoire anticoloniale prend sa source dans l’engagement d’intellectuels, d’artistes et d’universitaires contre la guerre, les exactions de l’armée française et pour l’indépendance de l’Algérie. La dénonciation des tortures pratiquées par l’armée française s’impose à partir de 1958 avec la censure du livre La question d’Henri Alleg, lui-même torturé, et la révélation de « l’affaire Audin », du nom du jeune mathématicien anticolonialiste communiste Maurice Audin, arrêté à Alger et torturé par les parachutistes en juin 1957 avant que l’on perde définitivement sa trace. La mobilisation de la gauche intellectuelle se traduit par la création du « Comité Audin » en 1957 et la parution en 1958 de L’affaire Audin de l’historien Pierre Vidal-Naquet.

Après 1962, la mémoire anticoloniale est portée par des organisations de gauche (partis et syndicats) qui dénoncent le massacre de Charonne du 8 février 1962 à Paris durant lequel neuf manifestants dénonçant les attentats de l’OAS sont tués par la police. Après les obsèques du 13 février rassemblant une foule immense, l’événement est l’objet de commémorations annuelles chaque 8 février au cimetière du Père-Lachaise. L’hommage se matérialise aussi par l’inscription des noms des morts (parmi eux, Daniel Féry âgé de 15 ans) dans l’espace urbain de municipalités communistes (rue, école, gymnase, salle des fêtes, stade). « Charonne » est ainsi une référence de la mémoire anticoloniale au cours des trois premières décennies de l’après-guerre avant de s’estomper. Avec le renouvellement des mouvement antiracistes dans les années 1980 qui voient l’irruption de la seconde génération postcoloniale (Marche pour l’égalité contre le racisme de 1983, association « Au nom de la mémoire » en 1990) à côté des organisations anciennes comme le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié contre les peuples) et la Ligue des droits de l’homme, la dénonciation des violences coloniales (actes de torture, massacres du 17 octobre 1961 à Paris, de Sétif et Guelma en mai 1945) et de leur occultation par l’État devient prépondérante. Resté jusque-là à la marge de l’espace public, le 17 octobre devient un nouveau point de fixation des mémoires de la guerre d’Algérie nourries par des productions culturelles (Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx en 1983, Le silence du fleuve d’Anne Tristan en 1991, La Seine était rouge de Leïla Sebbar, en 1999), des premiers travaux documentés (La bataille de Paris de Jean-Luc Einaudi en 1991), et par l’actualité judiciaire (procès Papon en 1997-1998). Une plaque commémorative est inaugurée au pont Saint-Michel par la mairie de Paris le 17 octobre 2001.

Dans le même temps, les mémoires anticoloniales sont mobilisées par les demandes de reconnaissance de la torture. Le témoignage publié dans Le Monde en juin 2000 de Louisette Ighilahriz, militante indépendantiste torturée par l’armée française, puis celui du général Aussaresses confirmant ces pratiques, relancent un vif débat sur la torture et le système répressif de l’État désormais bien documentés (publication en 2001 des thèses de Raphaëlle Branche sur la torture et l’armée et de Sylvie Thénault sur la justice). Des mobilisations (pétition de l’« Appel des 12 » en octobre 2000) demandent sans succès au président Jacques Chirac et au Premier ministre Lionel Jospin la reconnaissance officielle de la torture par l’armée française. Ces débats relancent « l’affaire Audin ». Une place Maurice-Audin est inaugurée à Paris en mai 2004 et l’association Maurice Audin est créée en 2004 pour exiger la vérité sur les conditions de la mort du jeune mathématicien.

Le vote de la loi du 23 février 2005 sur la reconnaissance de la contribution des rapatriés à la nation prescrivant dans un alinéa de son article 4 que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », mobilise de nouveau fortement les mouvements anticolonialistes qui demandent son abrogation. À côté d’acteurs traditionnels comme la LDH, de nouvelles associations se revendiquant d’une pensée postcoloniale (« Indigènes de la République » créée en 2005) et des publications (La fracture coloniale, 2005) interprètent le traitement mémoriel de la guerre d’Algérie par l’État français, et son occultation des violences commises comme le symptôme d’un imaginaire et de pratiques coloniales coloniale jamais véritablement disparus en France. Cette discrimination mémorielle est présentée comme une dimension des discriminations sociales que subiraient plus largement les populations provenant des anciens territoires colonisés et leurs descendants.

Enfin, des militants et certains historiens se mobilisent à la fin des années 2010 sur la question des disparus indépendantistes algériens du fait de l’armée française pendant la « bataille d’Alger » en 1957. Cette mobilisation fait suite à la reconnaissance officielle par le président Emmanuel Macron, en septembre 2018, des conditions de la mort de Maurice Audin en juin 1957, et plus largement du système « arrestation-détention » légalement institué par les autorités françaises. Une collecte de témoignages de familles pour identifier ces disparus est lancée par le site 1000 autres.org créé en 2018 par l’Association Maurice Audin et le collectif Histoirecoloniale.net.

Citer cet article

Sébastien Ledoux , « Acteurs et mémoires de la guerre d’Algérie », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 03/02/22, consulté le 08/08/2022. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/21742

Bibliographie

Branche, Raphaëlle, « Papa, Qu’as-tu fait en Algérie ? » Enquête sur un silence familial, Paris, La Découverte, 2020.

Eldridge, Claire, From Empire to Exile : History and Memory within the Pied-Noir and Harki Communities, 1962-2012, Manchester, Manchester University Press, 2016.

House, Jim, Mac Master, Neil, Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’État et la mémoire, Paris, Gallimard, 2021 [2008]

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Acteurs et mémoires de la guerre d’Algérie