La révolution belge de 1830-1831

Après la défaite de Napoléon (1815), les puissances, qui souhaitent avant tout préserver la paix et la stabilité en Europe, restaurent les anciennes monarchies. Aux Pays-Bas, le roi Guillaume Ier d’Orange-Nassau, parvenu au pouvoir au lendemain du congrès de Vienne, est autorisé à intégrer les Pays-Bas méridionaux dans le Royaume uni des Pays-Bas. Ce n’est pas une réunification facile. Les antagonismes entre les deux parties du pays touchent précisément des domaines censés être de puissants instruments de formation de l’État et de la nation : langue (néerlandais contre français), religion (protestants contre catholiques), économie et les finances.

Gustave Wappers, Épisode des journées de septembre 1830. Musées royaux des beaux-arts de Belgique.
Gustave Wappers, Épisode des journées de septembre 1830. Musées royaux des beaux-arts de Belgique. Source : Wikimedia Commons.
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Après la défaite de Napoléon (1815), les puissances, qui souhaitent avant tout préserver la paix et la stabilité en Europe, restaurent les anciennes monarchies. Aux Pays-Bas, le roi Guillaume Ier d’Orange-Nassau, parvenu au pouvoir au lendemain du congrès de Vienne, est autorisé à intégrer les Pays-Bas méridionaux dans le Royaume uni des Pays-Bas. Ce n’est pas une réunification facile. Les antagonismes entre les deux parties du pays touchent précisément des domaines censés être de puissants instruments de formation de l’État et de la nation : langue (néerlandais contre français), religion (protestants contre catholiques), économie (essor industriel du Sud contre nation commerçante du Nord) et les finances (importante dette du Nord et impôts élevés sur les ressources de base). Quoi qu’il en soit, Guillaume Ier tient beaucoup à la réussite de son entreprise. Dans la partie méridionale du royaume, il veille à se constituer une assise au sein de l’élite et à s’affirmer par des réalisations qui exercent une influence durable. La bourgeoisie industrielle, commerciale et financière bénéficie d’un large soutien. La construction d’infrastructures de transport, l’enseignement, les sciences et la culture sont stimulés. Ces cercles comptent d’ailleurs très peu d’opposants dans leurs rangs.

L’opposition catholique, libérale et radicale

Les oppositions se développent dans le monde catholique. Entre le Nord protestant et le Sud catholique, la méfiance règne. Guillaume Ier s’inscrit en outre dans la tradition des souverains éclairés, dont il poursuit la politique (vente de biens ecclésiastiques confisqués, contrôle de l’État sur l’enseignement et l’Église, pluralisme religieux, etc.). Une minorité de catholiques méridionaux y adhèrent, mais les autorités ecclésiastiques, le clergé et les partisans convaincus de Rome s’y opposent. Les catholiques libéraux réclament la liberté de religion et d’enseignement de manière à se soustraire au contrôle étatique. Le régime de Guillaume Ier est également un régime de restauration typique dans lequel les anciens courants politiques et les nouveaux se rencontrent. Les premières forces libérales attaquent les concepts conservateurs (monarchie forte, participation politique limitée et contrôle parlementaire, rôle prépondérant de l’aristocratie, etc.). Ce courant s’est mieux propagé dans le Sud que dans le Nord. Une jeune génération de libéraux instruits et de catholiques libéraux, soutenus par quelques radicaux républicains, cherchent à se rapprocher et utilisent la presse ainsi que les pétitions à grande échelle pour mener une opposition véhémente. Le gouvernement et en particulier le ministre de la Justice, Cornelis van Maanen, répondent par une répression dure, sapant ainsi les possibilités d’entente avec ces opposants. Les ministres méridionaux sont mécontents de cette situation. Une concertation pacifique n’a désormais plus rien d’évident. Cette situation facilite la montée des oppositions radicales, qui aboutissent au mouvement révolutionnaire de 1830.

Le mouvement révolutionnaire se radicalise

Le noyau dur de ce mouvement se radicalise l’été 1830. Il recrute un arrière-ban chez les artisans, le personnel de service, les ouvriers, les journaliers et les chômeurs. La crise économique qui sévit cette même année attise le mécontentement dans ces différents milieux. Le gouvernement et les entrepreneurs sont désignés comme responsables. Une indignation que les révolutionnaires peuvent exploiter pour déclencher des actions violentes qui servent leur propre objectif politique, à savoir la séparation entre le Nord et le Sud. À Paris, les révolutionnaires ont renversé en juillet le régime de restauration des Bourbons. Ces événements encouragent incontestablement les Belges, qui reçoivent d’ailleurs l’aide d’anciens soldats français arrivés à Bruxelles en tant que véritables entrepreneurs de violence. La représentation de la Muette de Portici, un opéra glorifiant la liberté, signe à la fin août le début des émeutes. Les forces des révolutionnaires belges sont sérieusement sous-estimées par le roi et le gouvernement, qui sont rapidement dépassés par les événements. L’armée intervient à peine et le roi emmène l’opposition modérée aux États généraux de La Haye, les empêchant du même coup de tempérer les radicaux à Bruxelles. L’armée commet ensuite une série d’erreurs tactiques. Sous la direction du jeune prince Frédéric, elle met fin aux Journées de septembre après quatre jours et de nombreux morts et blessés. Lors de ces dernières, du côté belge, des francs-tireurs semblent avoir été de redoutables adversaires dans le parc de la Warande. L’armée de Guillaume Ier entame donc sa retraite du Sud. Les Belges ont entre-temps organisé des corps de volontaires pour se battre également en dehors de Bruxelles. La citadelle d’Anvers et la ville forte de Maastricht sont encore détenues par le Nord et les frontières des anciens Pays-Bas sont protégées avec succès, mais les autres régions méridionales passent dans les mains des révolutionnaires.

Les Belges opèrent à présent le changement de pouvoir en utilisant la manière forte. Les révocations et les épurations sont menées de manière systématique. Ceux qui sont attaqués ou se sentent menacés fuient. Administrateurs, bourgmestres, magistrats, journalistes, professeurs et surtout fonctionnaires des impôts se réfugient dans le Nord, soit encore à Aix-la-Chapelle ou à Lille. C’est de cette façon que se forment les communautés en exil. Les Néerlandais du Nord qui s’étaient établis dans le Sud ne sont plus les bienvenus et quittent le pays en catastrophe. À Bruxelles, les bâtiments officiels et les habitations de royalistes en vue sont pillés et détruits. Les symboles orangistes sont supprimés et les rues rebaptisées. En novembre 1830, ce sont surtout les radicaux républicains qui parviennent à obtenir l’exclusion des membres de la maison d’Orange-Nassau, une humiliation pour le roi. Le vote a lieu au Congrès national, assemblée constituante entre-temps élue par les électeurs censitaires.

L’échec des contre-révolutionnaires

Dès le début de la révolution de septembre, un mouvement d’opposition porté par la majorité de l’élite méridionale (noblesse, bourgeoisie économique, anciens fonctionnaires, magistrats et officiers) s’est formé. Ceux-ci n’acceptent pas la séparation. Mais pour faire aboutir une contre-révolution, il leur faut le soutien de l’armée néerlandaise, ce qui reste un point faible. Aussi la période de crise traversée par les révolutionnaires belges au printemps 1831 n’est-elle pas mise à profit par leurs opposants. Les coups d’État planifiés échouent et le pouvoir n’est pas repris. La voie est à présent libre pour l’arrivée de Léopold Ier. Le 21 juillet 1831, ce dernier prête serment sur la Constitution, assez libérale, récemment votée.

Cette évolution tient largement à l’intervention des puissances européennes. Dans les Pays-Bas septentrionaux, la révolution belge a, comme on s’en doute, été très mal accueillie. La poussée nationaliste y est particulièrement forte pendant la campagne des Dix jours, au début août 1831, lors de laquelle le prince d’Orange lance une offensive et enregistre plusieurs victoires en Belgique. Une intervention militaire française approuvée par l’Angleterre empêche toutefois que ce succès puisse être exploité. Jusqu’au printemps 1831, l’Angleterre considérait une séparation du Nord et du Sud avec le prince d’Orange sur le trône comme la meilleure solution. Elle tient à garder prise sur la France en se montrant coopérative, car un conflit européen doit à ses yeux coûte que coûte être évité. Mais lorsque le coup d’État orangiste du 26 mars 1831 a échoué, elle a accepté que son autre candidat, le prince de Saxe-Cobourg Gotha, monte sur le trône de Belgique et qu’un mariage avec une fille du roi de France soit projeté. Les partisans d’une Belgique indépendante bénéficient donc du soutien des puissances européennes pendant la longue période (1831-1838) durant laquelle Guillaume Ier reste inflexible dans sa volonté de conserver la souveraineté sur le Royaume uni des Pays-Bas pour sa dynastie.

Citer cet article

Els Witte , « La révolution belge de 1830-1831 », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 17/01/22, consulté le 28/05/2022. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/21720
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