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Guillaume Budé et Dame Philologie écrivent l’Institution du prince chrétien, BnF, Arsenal, ms. 5103, f° 1v.
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Les premières générations d’humanistes cherchent à ressusciter la culture et la littérature latines classiques. Ils se mettent en quête de manuscrits contenant des textes rares ou perdus, et traduisent les œuvres de la littérature classique grecque, récemment redécouverte. Des pionniers comme Pétrarque, Coluccio Salutati ou encore Le Pogge s’intéressent particulièrement à la restauration de l’œuvre de Cicéron, dont le latin devient un modèle au cours des siècles suivants. Grâce à l’invention de l’imprimerie, cette méthode venue d’Italie se diffuse à travers toute l’Europe. Au xvie siècle, les Pays-Bas deviennent le principal foyer des études philologiques, avec des savants de premier rang comme Érasme et Juste Lipse. Leurs travaux ont un rôle clé dans création de la nouvelle culture humaniste des élites européennes, mais aussi dans la genèse de la Réforme.

Carte d’Europe divisée en ses empires et royaumes... dressée par M. l’abbé Clouet, de l’Académie royale de Rouen, Paris, 1776.

Après l’échec des modèles universalistes de la chrétienté et de l’Empire mis à mal par les guerres de religion, les divers mouvements désignés comme Lumières contribuent à une redéfinition juridique, culturelle et civilisationnelle de l’Europe. Paix universelle, découvertes scientifiques, cénacles savants et lettrés, essor des empires et des consommations coloniales contribuent à forger un nouveau mode de vie et de rapport au monde. Dans une Europe encore sous l’ordre absolutiste, l’avènement concomitant de l’individualisme philosophique et de la « civilisation » européenne annonce les révolutions politiques comme la vocation des nouveaux empires globaux du siècle suivant.

La lumière des écrits de Newton éclaire Voltaire grâce au miroir d’Émilie du Châtelet, leur traductrice. Frontispice de l’ouvrage de Voltaire, Élémens de la philosophie de Newton, Amsterdam, 1738.
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Au xviiie siècle, la traduction des ouvrages anciens ou étrangers se développe dans une grande partie de l’Europe. Le déclin du latin comme langue du savoir et l’accroissement du lectorat mais aussi l’essor des revues créent un véritable marché pour cette activité. À l’interface des cultures et des langues nationales, les traducteurs participent à une industrie éditoriale qui unit auteurs, journalistes, éditeurs, libraires et lecteurs. Les traductions permettent ainsi une circulation sans précédent des textes et des idées à travers le continent.

Bibliothèque Ambrosienne, Ms. D 140 inf., Al-Ǧahiz, Tractatus de Animalibus (Kitāb al-hayawān), f. 10r. xve siècle, acquis par l’Ambrosienne avant 1631.
Jan Brueghel, Allégorie du feu, entre 1608 et 1610. Sources : Wikimedia Commons https://goo.gl/u6NRfb
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La bibliothèque Ambrosienne, ouverte au public en 1609, est l’une des premières bibliothèques publiques d’Europe. Son fondateur, le cardinal-archevêque Frédéric Borromée (1564-1631), a l’ambition de recréer à Milan un « temple des muses », dédié, sur le modèle alexandrin, à la lecture et à l’écriture érudites, grâce à la réunion de livres, de lettrés pensionnés par le lieu et d’une imprimerie. Fer de lance de la culture catholique dans l’Europe du xviie siècle, l’Ambrosienne n’est ni un observatoire ni un lieu d’expérimentation scientifique. En revanche ses collections d’objets, de livres et ses publications mettent en lumière les merveilles de la création. Frédéric Borromée réinterprète la « chambre des merveilles » humaniste dans le contexte de la Réforme catholique.

Les trois figures tutélaires de la Royal Society – le roi Charles II, son fondateur, Lord Brouncker, son premier président, et Francis Bacon. Frontispice de Thomas Sprat, The History of the Royal Society of London (1667). Gravure de Wenceslaus Hollar d’après John Evelyn.
La Raison et la Philosophie lèvent le voile qui couvre la Vérité pendant que l’Imagination la couronne. Sa lumière dissipe les ténèbres et rayonne sur les sciences, au sommet desquelles se trouve la Théologie. Charles-Nicolas Cochin, Frontispice de l’Encyclopédie (1751). Source : Gallica/BnF. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8409673t
Une démonstration d’« électricité des corps » par l’abbé Nollet. Jean-Antoine Nollet, Leçons de physiques expérimentale, Paris, 1767-1769 (6e éd.), tome 6, planche 2. https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/102/files/2012/02/P3_Photo5_Cote36608_81741.jpg

Les XVIIe et XVIIIe siècles voient, en Europe, un essor considérable des sciences et des savoirs, qu’on a longtemps qualifié de « révolution scientifique ». Plus divers, plus varié, impliquant davantage d’acteurs que les seuls hommes de sciences, ce mouvement mobilise autant les États, les cénacles savants (comme les académies) que des artistes, artisans et ingénieurs. Les publics s’élargissent aussi sans cesse plus et sont mieux informés grâce à la circulation de l’imprimé. La République des lettres – encore élargie par la densification des correspondances, l’essor de la presse et les progrès de la traduction – participe de ce mouvement qui dépasse largement les moyens de contrôle et de censure des États. Avec l’élargissement de l’horizon que procurent les nouvelles explorations et les nouveaux empires coloniaux et commerciaux, le théâtre de la science et de la soif de savoir des Européens devient proprement universel. Ce rapport renouvelé à la connaissance et au monde contribue puissamment à forger l’identité européenne contemporaine.

Giovanni Francesco Barbieri dit Guerchin (1571-1666), Allégorie de la peinture et de la sculpture, Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini.
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Le Paragone – comparaison des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture – est un exercice théorique qui connaît une certaine vogue dans l’Europe renaissante et moderne. Loin d’être l’expression d’un antagonisme stérile, il découle de la place que la Renaissance a donnée à ces deux disciplines en les invitant à tenir sur elles-mêmes un discours théorique. Entre métier et théorie, le Paragone donne aux artistes une occasion de penser la finalité de leur pratique, et témoigne en ce sens de leur émancipation intellectuelle et sociale dans l’Europe moderne. Il serait abusif de ne voir dans cette dispute qu’un prétexte, mais la recherche d’un « vainqueur » apparaît finalement moins fondamentale que l’effort d’investigation qui la motive et explique la longévité du Paragone. C’est la question plus générale du rapport de l’art au monde qui s’y reflète, de l’Italie de la Renaissance à l’Europe des Lumières.

Manuscrit arabo-latin de Guglielmo Raimondo Moncada pour le duc d'Urbino
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L’histoire de la connaissance des langues de l’islam à la Renaissance a été récemment renouvelée. De nombreux témoignages attestent à la fois la persistance d’un intérêt aux xive et xve siècles, mais aussi les nouvelles approches fleurissant dans la péninsule Ibérique, en Italie, débouchant sur un intérêt européen dès le xvie siècle. Pourtant cette histoire est faite de discontinuités : les traductions coraniques latines bilingues des années 1450-1525 n’ont ainsi guère laissé de postérité. C’est l’étude des manuscrits bilingues subsistants, jusqu’à il y a peu négligés, et des réseaux de transmission, qui permettra d’éclairer peu à peu le contexte de réactivation périodique et de transmission de connaissances en milieu « latin » sur l’arabe, le turc et le persan, du xive au xvie siècle, contexte dépendant de facteurs complexes (réseaux marchands, liens entre communautés juives et chrétiennes, maintien de l’optique médiévale de controverse, nouvelles formes de curiosité intellectuelle et philologique, etc.).

Donatello, buste de Niccolo da Uzzano. Museo Nazionale del Bargello, Florence, Italie.
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Il s’agit ici d’examiner les origines, les caractéristiques principales et l’évolution des usages du concept d’« humanisme civique » chez les historiens. Le terme est issu des travaux d’un historien du xxe siècle, Hans Baron ; il décrit l’attrait exclusif pour la vie active, les formes politiques républicaines qui se seraient développées à Florence après 1402, ainsi que la reconnaissance des écrits en langue vernaculaire. Les historiens après Baron ont mis à l’épreuve, soutenu, développé et modifié cette conception initiale. Plus récemment, une série d’articles publiés au début des années 1990 et deux recueils parus respectivement en 2000 et 2015 ont donné au concept d’humanisme civique ses connotations actuelles. Dans la recherche contemporaine, l’humanisme civique a perdu la plupart de ses traits d’origine et renvoie plus généralement à la manière dont la culture savante a été impliquée dans la vie politique de l’Europe de la première modernité. Ainsi, le concept d’humanisme civique reste un outil important pour les historiens, bien que sa compréhension historique diffère notablement de la thèse originelle de Baron.

Catalogue Harley 2571 regroupant différents manuscrits
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L’expression « République des lettres », le plus souvent utilisée aujourd’hui pour désigner le monde savant des humanistes de l’Europe moderne, est un syntagme aux usages multiples qui naît probablement dans le milieu des lettrés italiens au début du xve siècle. Sans préjuger des variations de son usage dans le temps et l’espace, il renvoie à une communauté de savants unis par des pratiques communes, notamment un amour partagé des belles lettres, et par un projet de construction de la concorde et du bien commun grâce au savoir et à la communication lettrée.

Pseudo-Cicero, Rhetorica ad Herennium, Italie, première moitié du XVe siècle
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Le latin humaniste est fondé sur le modèle du latin classique. Son créateur, peut-on estimer, est François Pétrarque (1304-1374), qui impose un style résolument différent de celui typique de l’ars dictaminis tardomédiéval. Les auteurs jugés dignes d’être imités sont au départ tous les Anciens mais, surtout à partir de la fin du xve siècle, le modèle cicéronien devient de plus en plus exclusif. Quelques exceptions importantes sont à signaler, comme celle d’Ange Politien (1454-1494) qui, opposé à Paolo Cortesi (1465-1510), juge que la vitalité de l’écriture ne peut être contrainte par des normes trop rigides dans l’imitation. À une époque où les langues vernaculaires acquièrent une pleine dignité, le latin devient la langue distinctive d’un groupe social et intellectuel restreint qui, à travers la maîtrise de ce dernier, revendique un rôle administratif et politique. Et de même les discussions apparemment érudites sur l’origine du latin, qui pour certains comme Leonardo Bruni (1370-1444) n’est employé, même dans l’ancienne Rome, que par une classe supérieure, contribuent à créer l’image d’une langue élitiste et exclusive.

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