Lumières

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Carte d’Europe divisée en ses empires et royaumes... dressée par M. l’abbé Clouet, de l’Académie royale de Rouen, Paris, 1776.

Après l’échec des modèles universalistes de la chrétienté et de l’Empire mis à mal par les guerres de religion, les divers mouvements désignés comme Lumières contribuent à une redéfinition juridique, culturelle et civilisationnelle de l’Europe. Paix universelle, découvertes scientifiques, cénacles savants et lettrés, essor des empires et des consommations coloniales contribuent à forger un nouveau mode de vie et de rapport au monde. Dans une Europe encore sous l’ordre absolutiste, l’avènement concomitant de l’individualisme philosophique et de la « civilisation » européenne annonce les révolutions politiques comme la vocation des nouveaux empires globaux du siècle suivant.

Frontispice dans François Quesnay, Physiocratie, ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain, recueil publié par Pierre Samuel du Pont de Nemours, Leyde et Paris, Librairie Merlin, 1767-1768.
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Paul Pierre Lemercier de La Rivière (1719-1801), économiste physiocrate, penseur politique et du droit à l’époque des Lumières – célèbre pour son Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1767) – milite dans ses écrits pour une « confédération générale de toutes les puissances de l’Europe » : il s’agit, dans une Europe pacifiée, d’établir un cadre institutionnel favorable à l’épanouissement économique des puissances européennes.

Simon Fokke, Frontispice pour la revue Republyk der geleerden (« La République des lettrés »), 1745. Rijksmuseum RP-P-201b-1050. Minerve, déesse de la sagesse et du savoir, semble veiller sur la bibliothèque où travaillent et échangent les lettrés, tandis que Mercure, dieu associé à la presse et à l’information, les instruit.
Willem Moreelse, Portrait d’un savant inconnu, 1647, Tolède, Musée des Beaux-Arts, 1962.70. L’homme porte la couronne du Laureatus – signe de la reconnaissance du lettré – et présente un livre de botanique portant la mention « cette plante montre la présence de Dieu » en latin, écho de l’imbrication entre les lettres, les sciences et la théologie. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/P8JoxD
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Née en 1417, au sein d’un échange épistolaire en latin entre Francesco Barbaro et Le Pogge, l’expression ne s’impose réellement en Europe qu’à partir du début du xvie siècle : en 1520, Boniface Amerbach, fils du célèbre imprimeur de Bâle, fait alors d’Érasme le « monarque de toute la République des lettres ». La Respublica litteraria est appelée à une grande postérité. Les « lettres » désignent l’ensemble du savoir et les « gens de lettres » rassemblent alors tous ceux qui le cultivent, qu’ils soient qualifiés de littérateurs, érudits, doctes, savants. Dans les faits, la manière dont cet espace utopique est perçu et interprété évolue entre la Renaissance et la Révolution. La République des lettres n’est en rien un objet stable mais varie en fonction des contextes, géographiques et temporels. Pourtant, dans la cartographie des savoirs, la place de ce territoire des lettrés perdure durant toute l’époque moderne.

<p>Anicet Charles Gabriel Lemonnier (1743-1824<i>), Lecture de la tragédie «&nbsp;L’orphelin de la Chine&nbsp;», de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin</i>, huile sur toile, 129,5 x 196 cm, 1812, Château de Malmaison.
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Le salon, auprès de l’académie, de la loge maçonnique et du café, est l’un des hauts lieux de la sociabilité mondaine et intellectuelle des xviie et xviiie siècles. Associé le plus souvent à la ville de Paris où il est né, il évoque simultanément le raffinement de la vie aristocratique, la frivolité des divertissements mondains et la profondeur des conversations entre beaux esprits. Au-delà du tableau de Lemonnier mettant en scène la lecture (fictive) de L'orphelin de la Chine de Voltaire chez Madame Geoffrin, le salon renvoie donc à une réalité complexe car il met en relation des catégories sociales variées (princes de sang, hommes de lettres de diverses envergures, bourgeois cultivés, etc.) et prend en charge plusieurs fonctions : divertir bien sûr, mais aussi susciter le débat d’idées, faire circuler des connaissances et créer de la distinction au sein de l’élite. Symbole de la culture française des xviie et xviiie siècles, cette pratique est réputée à travers l’Europe et parfois imitée, avec un succès néanmoins relatif.

La lumière des écrits de Newton éclaire Voltaire grâce au miroir d’Émilie du Châtelet, leur traductrice. Frontispice de l’ouvrage de Voltaire, Élémens de la philosophie de Newton, Amsterdam, 1738.
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Au xviiie siècle, la traduction des ouvrages anciens ou étrangers se développe dans une grande partie de l’Europe. Le déclin du latin comme langue du savoir et l’accroissement du lectorat mais aussi l’essor des revues créent un véritable marché pour cette activité. À l’interface des cultures et des langues nationales, les traducteurs participent à une industrie éditoriale qui unit auteurs, journalistes, éditeurs, libraires et lecteurs. Les traductions permettent ainsi une circulation sans précédent des textes et des idées à travers le continent.

Les trois figures tutélaires de la Royal Society – le roi Charles II, son fondateur, Lord Brouncker, son premier président, et Francis Bacon. Frontispice de Thomas Sprat, The History of the Royal Society of London (1667). Gravure de Wenceslaus Hollar d’après John Evelyn.
La Raison et la Philosophie lèvent le voile qui couvre la Vérité pendant que l’Imagination la couronne. Sa lumière dissipe les ténèbres et rayonne sur les sciences, au sommet desquelles se trouve la Théologie. Charles-Nicolas Cochin, Frontispice de l’Encyclopédie (1751). Source : Gallica/BnF. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8409673t
Une démonstration d’« électricité des corps » par l’abbé Nollet. Jean-Antoine Nollet, Leçons de physiques expérimentale, Paris, 1767-1769 (6e éd.), tome 6, planche 2. https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/102/files/2012/02/P3_Photo5_Cote36608_81741.jpg

Les XVIIe et XVIIIe siècles voient, en Europe, un essor considérable des sciences et des savoirs, qu’on a longtemps qualifié de « révolution scientifique ». Plus divers, plus varié, impliquant davantage d’acteurs que les seuls hommes de sciences, ce mouvement mobilise autant les États, les cénacles savants (comme les académies) que des artistes, artisans et ingénieurs. Les publics s’élargissent aussi sans cesse plus et sont mieux informés grâce à la circulation de l’imprimé. La République des lettres – encore élargie par la densification des correspondances, l’essor de la presse et les progrès de la traduction – participe de ce mouvement qui dépasse largement les moyens de contrôle et de censure des États. Avec l’élargissement de l’horizon que procurent les nouvelles explorations et les nouveaux empires coloniaux et commerciaux, le théâtre de la science et de la soif de savoir des Européens devient proprement universel. Ce rapport renouvelé à la connaissance et au monde contribue puissamment à forger l’identité européenne contemporaine.

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