réforme religieuse

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Peintre anonyme du xviie siècle, La nef de la contemplation mystique (le triomphe de l’Église catholique), Tepotzotlán, Museo Nacional del Virreinato.

Après la Réforme protestante, la part de l’Église qui reste fidèle au pape et à Rome continue à se considérer comme catholique, c’est-à-dire universelle. Mais les reconfigurations de sa géographie l’obligent à s’interroger sur cette dimension universelle : si la vieille chrétienté européenne se trouve amputée de la quasi-totalité du monde germanique, scandinave et britannique, elle s’accroît de nouvelles terres de mission en Amérique et en Asie. Sur le continent européen, elle est confrontée à une double concurrence pendant toute l’époque moderne : l’expansion de l’Islam à l’est et les protestantismes en Europe. Elle réagit par un élan missionnaire puissant dans toutes ces directions.

Carte confessionnelle de l’Europe. © Pierre Couhault.
Heinrich Thomann, scènes d‘iconoclasme de l’année 1528 dans la Reformationschronik d’Heinrich Bullinger (Zurich, Bibliothèque centrale, ms. B 316, f° 321v et 337), vers 1564. À Berne (en haut), le conseil municipal décide d’adopter la réforme et fait retirer les images des églises. À Toggenburg (en bas), la destruction des images par les habitants est un acte religieux autant que politique : ils se rallient à la réforme de Zwingli et dénoncent la tutelle du prince-abbé de Saint-Gall, seigneur du lieu.
Giorgio Vasari, Scènes de la Saint-Barthélemy, Palais apostolique du Vatican, 1573. Ces trois fresques monumentales décorent la grande salle d’audience (sala regia) du pape ; elles représentent l’attentat contre l’amiral de Coligny (au centre), son exécution et le massacre des protestants (à gauche) et le roi Charles IX prenant la responsabilité des événements (à droite).
Gerard ter Borch, Ratification du traité de Münster, 1648. © National Gallery on line/Rijksmuseum Amsterdam on line catalogue. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/YGwkVs

La diffusion de la Réforme protestante dans la première moitié du XVIe siècle provoque l’éclatement de la chrétienté. Le Sud reste fidèle au catholicisme. Au Nord, les autorités politiques imposent la nouvelle confession. Entre les deux, des États multiconfessionnels sont ébranlés par des affrontements religieux ; ils doivent inventer les modalités de la coexistence et trouver un nouvel équilibre entre le politique et le religieux. Les violences qui éclatent en Allemagne, en France ou dans les Pays-Bas sont nourries par l’angoisse d’un Jugement dernier imminent ou par le désir de contribuer à l’accomplissement de la volonté divine. Elles mettent en péril l’État. En inventant des moyens pacifiques de régler les conflits entre les différentes confessions, les autorités politiques réussissent à désamorcer les violences. L’intériorisation de la piété et la diffusion d’une conception plus individuelle du salut participent aussi à ce reflux. L’expérience et la mémoire des troubles religieux contribuent à renforcer le rôle de l’État et à imposer l’idée d’une séparation entre les sphères politique et religieuse.

Lucas Cranach le Jeune, Jean Frédéric de Saxe et les réformateurs, 1543, Toledo Museum of Art, Ohio.

Le luthéranisme est une des confessions chrétiennes issue de la contestation de l’Église romaine par Luther au début du xvie siècle. Si son nom se réfère au célèbre réformateur, la mise en place d’une doctrine et d’Églises structurées n’est pourtant pas de son seul fait et ne se stabilise que vers le dernier quart du siècle. Reste que l’identité du luthéranisme demeure fortement marquée par la figure du réformateur dont les principales réflexions théologiques et pastorales sont finalement retenues : le salut par la foi en un Dieu miséricordieux, l’autorité de l’Écriture seule, la croyance en la consubstantiation, la prédication en langue commune et l’importance du chant dans son expression, la scission avec Rome et l’autorité déléguée au pouvoir politique pour organiser les Églises territoriales.

Quentin Massys, Portrait d'Erasme de Rotterdam, huile sur toile, 1517. Galleria nazionale d'Arte Antica.
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C’est en 1515 qu’Érasme décide de proposer une nouvelle édition du Nouveau Testament à l’Europe chrétienne de son temps. Profondément habité par ce texte et soucieux de permettre la renaissance des temps apostoliques, temps bénis du christianisme, il cherche moins à présenter une nouvelle traduction de l’œuvre qu’à corriger la Vulgate. Désireux d’offrir au peuple chrétien la Parole de Dieu libérée de toutes les scories déposées par le passage des siècles, l’humaniste s’impose alors une triple exigence dans son travail de philologue : fidélité, lucidité et pureté du langage. Pour la première fois dans l’histoire du christianisme, Érasme applique ainsi aux écrits néo-testamentaires des règles qui valent pour l’ensemble des textes littéraires. Mais, ce faisant, il déclenche un séisme dans l’Europe chrétienne d’alors puisque, toucher à la Vulgate, c’est ébranler toute la tradition chrétienne séculaire. Immense succès éditorial, le Nouveau Testament d’Érasme de 1516 assure à son auteur une gloire éternelle, mais déchire pour des siècles le paysage religieux européen.

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