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Carte d’Europe divisée en ses empires et royaumes... dressée par M. l’abbé Clouet, de l’Académie royale de Rouen, Paris, 1776.

Après l’échec des modèles universalistes de la chrétienté et de l’Empire mis à mal par les guerres de religion, les divers mouvements désignés comme Lumières contribuent à une redéfinition juridique, culturelle et civilisationnelle de l’Europe. Paix universelle, découvertes scientifiques, cénacles savants et lettrés, essor des empires et des consommations coloniales contribuent à forger un nouveau mode de vie et de rapport au monde. Dans une Europe encore sous l’ordre absolutiste, l’avènement concomitant de l’individualisme philosophique et de la « civilisation » européenne annonce les révolutions politiques comme la vocation des nouveaux empires globaux du siècle suivant.

Deux femmes en train de se promener dans les rues de Sarajevo (Yougoslavie) pendant l'entre-deux-guerres.
L’Islam en Europe, 2010. Source : Wikimedia Commons. https://goo.gl/JH9jWf
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Si l’Europe abrite aujourd’hui d’importantes populations musulmanes, c’est le fruit d’une histoire contemporaine au cours de laquelle à la présence ottomane sur une partie du continent se sont ajoutés la domination coloniale des puissances européennes et ses effets sur les migrations économiques. Trois aspects de la relation entre genre, islam et Europe sont ici étudiés : en premier lieu, les systèmes de représentations bâtis par les élites culturelles européennes au sujet des musulmans, et leurs variations en fonction de la classe, de la race et du genre ; en deuxième lieu, les politiques des États-nations envers leurs populations musulmanes, qui oscillent entre assimilation et stigmatisation selon les époques et les lieux, ainsi que les réponses des élites musulmanes, jonglant entre tentation communautariste et intégration dans des communautés nationales plus vastes ; enfin, la capacité d’agir des musulman.e.s d’Europe, qui se traduit dans la variété de leurs discours et pratiques de genre.

La Haggadah de Sarajevo (Barcelone, vers 1350). © Musée national de Sarajevo.
Journal du premier voyage de Vasco de Gama en Inde (1497-1499). © Bibliothèque publique municipale de Porto. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/wZnB4c
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Le registre Mémoire du monde de l’Unesco, créé à partir de 1997, recense à travers le monde, des fonds d’archives jugés d’importance universelle majeure. Le but est de préserver et de faire connaître ces fonds locaux, considérés par l’Unesco comme le patrimoine commun de l’humanité. Environ deux cents ensembles documentaires sont désormais recensés pour trente-quatre pays du continent européen. Si certains documents sont fameux, comme les partitions de Beethoven ou la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, d’autres sont moins connus, ou plus fragiles, et l’inscription sur le registre de l’Unesco permet de les conserver, de les valoriser et de les faire connaître. Le registre Mémoire du monde dessine ainsi en creux, par les archives, une histoire de l’Europe fondée sur ses racines chrétiennes, son engagement outre-mer, mais aussi sur ses combats pour la liberté et la culture.

Représentation du sac de Rome en fléau divin dans un traité et pronostication sur la guerre de Rome, ms. Spencer 81, f° 3v, New York Public Library.
La descente de Bourbon en Italie. Carte de l’auteur.
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Le sac de Rome par les troupes de l’empereur Charles Quint – roi de Germanie, d’Espagne, de Naples et de Sicile, seigneur des Pays-Bas – en mai 1527 est un événement d’une rare violence qui a marqué tous les esprits au xvie siècle. Accident d’une guerre opposant une bonne partie des princes européens, il sert en partie d’exutoire aux tensions religieuses qui s’accumulent depuis la fin du Moyen Âge. Les protestants, mais aussi les soldats catholiques, y communient dans une ivresse sacrale qui annonce les conflits confessionnels à venir. Les soldats y conservent, cependant, une réelle rationalité – qui accorde tout son poids aux logiques de prédation. Rapidement connues dans toute l’Europe, ces exactions sont très majoritairement interprétées comme un événement religieux : juste châtiment de l’antéchrist papiste ou de la corruption de l’Église, fléau divin, sacrilège ou occasion de réconcilier les chrétiens dans la réforme universelle.

Lucas Cranach le Jeune, Jean Frédéric de Saxe et les réformateurs, 1543, Toledo Museum of Art, Ohio.

Le luthéranisme est une des confessions chrétiennes issue de la contestation de l’Église romaine par Luther au début du xvie siècle. Si son nom se réfère au célèbre réformateur, la mise en place d’une doctrine et d’Églises structurées n’est pourtant pas de son seul fait et ne se stabilise que vers le dernier quart du siècle. Reste que l’identité du luthéranisme demeure fortement marquée par la figure du réformateur dont les principales réflexions théologiques et pastorales sont finalement retenues : le salut par la foi en un Dieu miséricordieux, l’autorité de l’Écriture seule, la croyance en la consubstantiation, la prédication en langue commune et l’importance du chant dans son expression, la scission avec Rome et l’autorité déléguée au pouvoir politique pour organiser les Églises territoriales.

Marcel Delboy, Mission des ports et des gares. Association catholique internationale des œuvres pour la protection de la jeune fille, entre 1925 et 1935, Bibliothèque Marguerite Durand – Ville de Paris.

Les religions contribuent à fabriquer les identités de genre au sein des sociétés européennes. Au xixe siècle, la démocratisation et la sécularisation qui surgissent des révolutions libérales du xxe siècle ont transformé les autorités religieuses. Si les autorités catholiques confortent des rapports de genre traditionnels, les modèles proposés sont aussi en tension avec leurs homologues laïcs, à l’exemple du modèle de masculinité sacerdotale fondé sur le célibat. Le catholicisme constitue également un espace paradoxal et relatif de subversion, en offrant aux femmes un lieu de réalisation et d’autonomie alors qu’on les maintient à l’écart de l’espace civique. Le xxe siècle est davantage marqué par un durcissement des autorités religieuses sur les normes de genre traditionnelles, ce qui conditionne l’évolution des rapports au politique jusque dans les débats très contemporains autour du « mariage pour tous ».

« Animal magnetism : The operator putting his patient into a crisis », dans Ebenezer Sibly, A Key To Physic and the Occult Sciences, 1814.
Albert de Rochas, L’extériorisation de la motricité, Paris, Chamuel, 1896, p. 189. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/pRwTtu
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À partir de la seconde moitié du xviiie siècle, l’association classique entre femmes et superstitions connaît un renouvellement. Leurs visions, leurs pouvoirs de guérison ou de nécromancie sont tout d’abord réévalués et réinterprétés, mais à l’aune de nouveaux savoirs médicaux ou spirituels dominés par les hommes entre la fin du xviiie siècle et le début du siècle suivant, dans les grandes villes européennes. Les croyances ancestrales et les rites populaires, y compris lorsqu’ils sont pratiqués par les femmes, sont collectés à titre de trésors nationaux ou régionaux tandis que les sorcières sont réintégrées dans l’histoire nationale et le génie des peuples. Mais cette réévaluation est toujours fragile et est contrebalancée par un très fort scepticisme qui parfois l’emporte, comme à la fin du xixe siècle, ou parfois cède devant d’autres intérêts plus politiques, comme dans les années 1930. Dès lors, à mesure que progresse l’idée que les superstitions ne sont plus que des survivances, la question du genre devient moins importante.

Luther et ses collaborateurs, par Lucas Cranach le jeune. Détail de l’épitaphe du bourgmestre de Meienburg, Michael Meyenburg, peinture à huile, copie de l’original de 1558 autrefois conservée dans l’église saint Blaise de Nordhausen.
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La confrontation entre Érasme et Luther est un duel d’une importance majeure pour l’Europe de la première moitié du xvie siècle, car ce sont deux visions de l’homme, de l’histoire et de la foi qui s’affrontent. Alors qu’ils sont nés tous deux dans une Europe du Nord baignée par la devotio moderna, qu’ils ont reçu la même formation spirituelle et biblique, leurs chemins s’éloignent bientôt de manière radicale, car l’humanisme chrétien érasmien, qui défend une anthropologie optimiste, ne peut s’accorder avec le désespoir de la Réforme. En outre, la préférence d’Érasme pour les écrits d’Origène et de saint Jérôme, au détriment de ceux de saint Augustin, est insupportable pour Luther. L’impossible dialogue entre ces deux géants du xvie siècle participe au basculement de l’Europe moderne dans le schisme religieux.

Le Passional Christi und Antichristi (Wittenberg, 1521) oppose des épisodes de la vie du Christ et le comportement du pape-antéchrist à travers de petits textes allemands de Luther, illustrés de gravures de Lucas Cranach. Ici, un verset de l’évangile de Jean évoque le couronnement d’épines. En face, le pape, utilise une pseudo-loi de Constantin pour se faire couronner comme un empereur avec la tiare et la pourpre.

L’imprimé joue un rôle central dans les conflits politico-religieux en Europe au xvie siècle. Les réformateurs protestants aussi bien que les défenseurs de l’Église catholique y voient un instrument efficace pour réveiller les consciences, instruire les populations et gagner leur soutien. La politisation des conflits religieux encourage la production et la diffusion de textes qui justifient les soulèvements contre les autorités, expliquent les actions de ces dernières et formulent des théories politiques. La campagne de publications organisée par de véritables spécialistes de l’écriture devient un élément indispensable pour toute mobilisation. Quoique les tirages soient encore relativement modestes par rapport à la masse de la population majoritairement analphabète, les imprimés exercent une influence importante car ils ciblent les élites dotées du pouvoir d’action et capables de servir de relais vers les formes orales de la diffusion de l’information.

L’Église du Christ (calviniste) attaquée par le duc d’Albe, les cardinaux de Lorraine et de Granvelle, ainsi que le Diable, l’Antéchrist et ses troupes, des souverains, dont le (Grand) Turc, des soldats, des prélats et des moines, vers 1568, gravure anonyme flamande à l’eau forte, 28,4 x 44 cm.
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Tous les combats des guerres de religion se sont accompagnés d’influences, d’interventions et de collaborations étrangères. L’Allemagne de la première moitié du xvie et de la guerre de Trente Ans et la France dans la seconde moitié du xvie siècle, principaux champs de bataille entre confessions, sont des affrontements européens. Les solutions de compromis vouées à permettre la coexistence religieuse ou le refus de celles-ci s’inscrivent tout autant dans un débat à l’échelle de la chrétienté. Pour autant, la constitution de grands blocs opposés entre catholiques, luthériens ou calvinistes, voire une alliance internationale entre partisans de la concorde, sont largement demeurés à l’état de projets et de menaces fantasmées.

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