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L'Europe, les Européens et le monde

La construction de l’identité européenne dans son rapport au monde : ses relations, ses échanges, ses « effets retours ».

Responsables éditoriaux : Virginie Chaillou-Atrous et Stanislas Jeannesson.

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La figure du négociant s’impose progressivement au xviiie siècle sur les grandes places commerciales européennes. La distinction entre négociant et marchand a longtemps été malaisée. Les négociants forment une élite socioprofessionnelle que caractérisent à des degrés différents plusieurs critères : la polyvalence des activités (spéculation sur les marchandises, commerce en gros, commission, armement maritime, assurance, banque), l’étendue des horizons économiques, les longues distances sur lesquelles se déploient leurs réseaux, les compétences qui résultent d’un apprentissage complexe et la recherche d’honorabilité.

Au xixe siècle, les conditions des échanges à distance en Europe et dans le monde se transforment en profondeur. La polyvalence du travail tend à devenir un archaïsme mais la rupture n’est ni totale, ni brutale. Le terme de négociant devient l’indicateur d’un travail défini. Les négociants cèdent progressivement la place à des hommes d’affaires spécialisés, ce qui était relativement rare jusqu’au xviiie siècle se généralise au xxe siècle.

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Le travail contraint revêt de multiples formes, conduisant à des recrutements de main- d’œuvre sur place ou à des mouvements migratoires de grande ampleur. Les engagés européens dans les colonies au xviie siècle sont des volontaires, mais la plupart partent pour échapper à des conditions de vie difficiles. Au xixe siècle, les engagés asiatiques et africains sont transportés vers les colonies européennes. Le système, développé d’abord en raison du besoin de main-d’œuvre lié aux abolitions de l’esclavage, se poursuit dans un autre contexte au xxe siècle. Au xxe siècle, diverses formes de travail forcé sont imposées aux colonisés : prestations en Afrique Occidentale Française (AOF), travail pour les compagnies concessionnaires en Afrique centrale, etc. Ajoutons les déportations des prisonniers et le travail des bagnards et forçats européens. L’implantation sur place de certains de ces travailleurs a des conséquences non négligeables sur l’histoire des colonies « d’accueil ».

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Dès la fin du xve siècle, l’ouverture progressive des Européens sur le monde les conduit à s’interroger sur les formes de régulation de leur cohabitation dans les espaces ultramarins lointains. Par la suite, le processus de colonisation contraint les Européens à étendre, de façon progressive, au monde entier les principes et les pratiques d’un droit international forgé à l’origine pour les pays du Vieux Continent. L’élaboration d’un cadre juridique à l’échelle du monde accompagne ainsi l’expansion européenne, sur mer et sur terre, d’abord en Amérique puis en Asie et en Afrique. Le concept de souveraineté limitée permet notamment d’introduire une hiérarchie entre les États et de légitimer les conquêtes coloniales, tout en imposant une uniformisation des normes et des pratiques. Dès la fin du xixe siècle, cependant, la mondialisation et la complexification du système international entraînent la remise en cause du modèle westphalien, pour mettre en avant d’autres traditions juridiques qui favorisent l’émergence d’un droit international « métissé ».

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Les ports sont devenus un des outils du rayonnement européen avec l’élan des grandes découvertes du xve siècle, prélude à ceux que certains historiens ont qualifié de première mondialisation. Cela explique que les établissements du littoral atlantique aient bénéficié d’une situation avantageuse, portés par des États qui, de l’Espagne jusqu’aux Provinces-Unies, affirment leurs ambitions maritimes mondiales. Le contrôle des routes maritimes pour relier les métropoles aux empires coloniaux expliquent également la structuration de puissants ports arsenaux et de bases navales outre-mer. Au fil des siècles, le rayonnement des ports de commerce suit l’évolution des rapports de force politiques et économiques entre les puissances de l’Europe atlantique. Au xixe siècle, les ports anglais, à commencer par Londres et Liverpool, s’imposent comme les plus puissants organismes européens. Toutefois, à partir des années 1860, au cœur de la mondialisation issue de la révolution industrielle, se structure, depuis Le Havre jusqu’à Hambourg, la plus puissante façade portuaire du monde.

Le recours à la notion de système permet de dépasser une vision de la scène internationale qui se réduirait à un simple agglomérat de puissances. Tout système repose ainsi sur un ensemble de valeurs, de règles et de pratiques communes aux différents acteurs permettant leur coexistence, l’apaisement des tensions et la résolution des conflits. La place de l’Europe dans le système international évolue de l’époque moderne à nos jours. L’ordre westphalien fondé sur l’équilibre, européo-centré et construit par et pour les grandes puissances du continent, cède progressivement la place au xxe siècle, sous les coups des deux guerres mondiales, aux logiques universelles et normatives de la SDN et de l’ONU, avant que la construction européenne ne tente d’apporter des réponses originales aux défis de l’après-guerre froide.

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Gouverner les populations coloniales relève pour les pouvoirs européens, quelle que soit la forme particulière que l’entreprise ultramarine (ou d’expansion continentale) prenne alors pour chacun d’eux, d’un enjeu commun qui est, d’une part, le maintien de la continuité de la sujétion ou de la participation politique dans l’épreuve de la distanciation, et, d’autre part, la construction d’une relation avec des peuples étrangers dans l’expérimentation de la distance culturelle, religieuse, sociale, etc. Les pays européens engagés dans cette projection géographique de leur espace de légitimité ne peuvent se résoudre à la simple pérennisation d’une autorité politique exogène régie par l’économie seule de la force et de la contrainte – la « pacification » relevant ainsi davantage que du brutal exercice de l’imposition de la soumission. En se dotant d’une science coloniale, d’un corps administratif et d’institutions particulières, les pays européens mettent en place des pratiques de pouvoir par lesquelles ils peuvent espérer la poursuite du consentement politique de leurs populations émigrées et la construction, au-delà de la contrainte, de l’assentiment des populations indigènes aux nouveaux régimes administratifs et juridiques qui s’établissent alors.

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