violence

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Attentat de la rue Saint-Nicaise contre Napoléon Bonaparte le 24 décembre 1800 (estampe, auteur inconnu). © BnF.
Attentat contre le tsar Alexandre II le 1er mars 1881 (auteur inconnu). Source : https://marjinalis.livejournal.com/10867.html
L’attentat de la gare de Bologne, le 2 août 1980.  Une du journal Il Resto del Carlino, édition extraordinaire du 2 août 1980.
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Fortement médiatisé, le phénomène terroriste pèse lourd dans l’histoire de l’Europe contemporaine, mais reste difficile à appréhender. Il ne répond en effet à aucune définition satisfaisante. Éparpillé entre divers groupes, tributaire des idéologies les plus variées, il ne saurait se réduire à une succession d’attentats, de revendications et de procès. Il est donc nécessaire de le replacer dans un contexte et une dynamique plus larges, en observant les liens qui se tissent entre les différents mouvements, et en esquissant une généalogie du phénomène. Le terrorisme émerge dans l’Europe du xixe siècle. La France du Consulat inaugure cette violence d’un nouveau genre, qui s’importe en Russie où elle est théorisée par les nihilistes, et gagne l’Europe entière. L’anti-terrorisme, fondé sur des lois d’exceptions, apparaît de manière presque concomitante. L’État, qu’il soit colonial, dictatorial, révolutionnaire, totalitaire, a pu être amené à ériger la terreur en instrument de gouvernement. Le terrorisme s’affirme ainsi comme un instrument politique au service de l’État comme de ses opposants.

Carte confessionnelle de l’Europe. © Pierre Couhault.
Heinrich Thomann, scènes d‘iconoclasme de l’année 1528 dans la Reformationschronik d’Heinrich Bullinger (Zurich, Bibliothèque centrale, ms. B 316, f° 321v et 337), vers 1564. À Berne (en haut), le conseil municipal décide d’adopter la réforme et fait retirer les images des églises. À Toggenburg (en bas), la destruction des images par les habitants est un acte religieux autant que politique : ils se rallient à la réforme de Zwingli et dénoncent la tutelle du prince-abbé de Saint-Gall, seigneur du lieu.
Giorgio Vasari, Scènes de la Saint-Barthélemy, Palais apostolique du Vatican, 1573. Ces trois fresques monumentales décorent la grande salle d’audience (sala regia) du pape ; elles représentent l’attentat contre l’amiral de Coligny (au centre), son exécution et le massacre des protestants (à gauche) et le roi Charles IX prenant la responsabilité des événements (à droite).
Gerard ter Borch, Ratification du traité de Münster, 1648. © National Gallery on line/Rijksmuseum Amsterdam on line catalogue. Source : Wikimedia Commons https://goo.gl/YGwkVs

La diffusion de la Réforme protestante dans la première moitié du XVIe siècle provoque l’éclatement de la chrétienté. Le Sud reste fidèle au catholicisme. Au Nord, les autorités politiques imposent la nouvelle confession. Entre les deux, des États multiconfessionnels sont ébranlés par des affrontements religieux ; ils doivent inventer les modalités de la coexistence et trouver un nouvel équilibre entre le politique et le religieux. Les violences qui éclatent en Allemagne, en France ou dans les Pays-Bas sont nourries par l’angoisse d’un Jugement dernier imminent ou par le désir de contribuer à l’accomplissement de la volonté divine. Elles mettent en péril l’État. En inventant des moyens pacifiques de régler les conflits entre les différentes confessions, les autorités politiques réussissent à désamorcer les violences. L’intériorisation de la piété et la diffusion d’une conception plus individuelle du salut participent aussi à ce reflux. L’expérience et la mémoire des troubles religieux contribuent à renforcer le rôle de l’État et à imposer l’idée d’une séparation entre les sphères politique et religieuse.

Représentation du sac de Rome en fléau divin dans un traité et pronostication sur la guerre de Rome, ms. Spencer 81, f° 3v, New York Public Library.
La descente de Bourbon en Italie. Carte de l’auteur.
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Le sac de Rome par les troupes de l’empereur Charles Quint – roi de Germanie, d’Espagne, de Naples et de Sicile, seigneur des Pays-Bas – en mai 1527 est un événement d’une rare violence qui a marqué tous les esprits au xvie siècle. Accident d’une guerre opposant une bonne partie des princes européens, il sert en partie d’exutoire aux tensions religieuses qui s’accumulent depuis la fin du Moyen Âge. Les protestants, mais aussi les soldats catholiques, y communient dans une ivresse sacrale qui annonce les conflits confessionnels à venir. Les soldats y conservent, cependant, une réelle rationalité – qui accorde tout son poids aux logiques de prédation. Rapidement connues dans toute l’Europe, ces exactions sont très majoritairement interprétées comme un événement religieux : juste châtiment de l’antéchrist papiste ou de la corruption de l’Église, fléau divin, sacrilège ou occasion de réconcilier les chrétiens dans la réforme universelle.

Monument en mémoire de la déportation des Tatars de Crimée, à Eupatoria (Crimée), photo de Georgij Dolgopskij.
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En Union soviétique, lors de la Seconde Guerre mondiale, des minorités non russes de la Volga, du Caucase et de Crimée sont collectivement déportées selon le même modus operandi : rafle, transfert dans des wagons à bestiaux, relégation dans des zones inhospitalières et exploitation économique des bannis. De grande envergure avec plus de deux millions de personnes touchées, ces déportations successives représentent à l’échelle européenne une entreprise inédite de gestion des populations et de production industrielle et agricole. Si leur généalogie remonte à la campagne contre les Cosaques du Don pendant la guerre civile (1918-1921), les années 1930 en constituent un moment clé, avec des épisodes répressifs qui expriment la méfiance toujours plus forte de la direction du pays à l’endroit de plusieurs minorités non russes, perçues comme de potentiels ennemis de l’intérieur.

Des soldats britanniques donnent du chocolat à des civils néerlandais lors de la libération des Pays-Bas, 1944. Photographe : Sergent Laing de la no. 5 Army Film &Photographic Unit. Photographie B10245, Imperial War Museums.
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Mettant fin à une domination étrangère quelle qu’en soit le type – annexion de fait ou de jure, occupation militaire – et donc à une forme d’oppression, la libération apparaît comme un moment exceptionnel dans l’histoire des nations européennes. C’est aussi un moment fragile, de déprise comme de possible reprise de la violence, de rétablissement comme d’effondrement des structures étatiques, bref, un moment incertain de reconfiguration des rapports socio-politiques. Surtout, l’usage du terme participe souvent d’un discours de légitimation de l’action : ainsi les forces qui « libèrent » peuvent-elles se présenter elles-mêmes comme « libératrices », ou être perçues comme telles ou non par une partie des populations « libérées ». Dès lors que les expériences de la domination étrangère sont plurielles, celles des libérations ne répondent à aucun scénario pré-écrit.

Opération de reconnaissance du 8e RIM dans le secteur du vieux Saïda. Assaut d’une mechta (hameau) et arrestation de combattants algériens. Date : 1959. Photographe : Arthur Smet. Copyright : ECPAD – collection Smet. Réf. : D163-29-55. Arthur Smet pratique la photographie en amateur au sein du 8e RIM avec le consentement de sa hiérarchie, avant de devenir reporter à part entière pour son régiment à partir de l'été 1959.
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L’invention d’appareils photographiques portables permet au soldat de photographier sa guerre dès la fin du xixe siècle mais les usages privés de l’image par le combattant posent rapidement des difficultés aux armées et aux États européens. Ils cohabitent avec les représentations officielles et publiques de la guerre qu’ils consolident, complètent ou parfois subvertissent. En Europe, la Première Guerre mondiale est le lieu d’une première utilisation de masse des appareils portables par des soldats. Loin des codes traditionnels de la représentation du combat et des récits homogènes de la communication officielle, des milliers d’images enregistrent alors une expérience à hauteur d’homme. L’imagerie de la guerre s’en trouve modifiée pour les décennies à venir. Dans un rapport toujours instable avec la photographie professionnelle, la photographie amateure pratiquée par le soldat participe ainsi à la fabrique de l’imagerie contemporaine du combat en Europe, au point de devenir dans les dernières décennies un mode de visualisation privilégié de la guerre.

Le Zentrales Denkmal Flucht und Vertreibung 1945 [Mémorial central de la fuite et de l’expulsion de 1945] conçu par Joachim Bandau et inauguré en 1999, Nuremberg.
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L’expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie en 1945-1946 vient mettre un terme à la présence pluriséculaire de populations germanophones dans cette partie de l’Europe médiane. Le différend germano-tchèque au sujet de ces expulsions reste fort tout au long du second xxe siècle. Les souffrances endurées par les Tchécoslovaques sous la domination nazie et celles subies par les populations germanophones au moment de leur expulsion alimentent depuis 1945 un fort ressentiment de part et d’autre. Cette rancœur est longtemps renforcée chez les expulsés par le silence que le régime communiste impose sur cette épineuse question en Tchécoslovaquie, laissant à l’Allemagne de l’Ouest le soin d’accorder des réparations. Dans ces conditions, l’amorce d’un processus de réconciliation est presque impossible. Les discussions engagées depuis 1989 ont toutefois permis de revenir à une relation plus apaisée, davantage en phase avec l’évolution des mémoires de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

Véhicules blindés AMX-10P de la KFOR contrôlant le carrefour principal de Kosovska Mitrovica, Kosovo, 2006. © Pierre Esnault-Collection personnelle
Annonce de la signature de l’armistice de la Première Guerre mondiale à la Une du journal Le Matin, le 12 novembre 1918. Source: Cartable virtuel (7e photo de la galerie) https://goo.gl/5mV53H
Le Generalfeldmarschall Keitel signe la capitulation allemande à Berlin le 8 mai 1945. Source: archives.gov https://goo.gl/WtP9cz
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Armistices, capitulations et cessez-le-feu interrompent les combats selon des modalités différentes. Ils font taire les armes, mais maintiennent l’état de guerre qui ne prendra fin qu’avec le traité de paix. Le choix de négocier ou de se rendre dépend de la nature de la guerre qui a été menée, donc de ses buts et de la façon dont les combats ont été conduits, mais aussi des attentes de l’opinion. Au cours de la période contemporaine, les armistices sont devenus de plus en plus politiques : alors qu’au xixe siècle ils se contentaient de signaler l’arrêt des combats afin de préparer techniquement les pourparlers de paix, ils anticipent depuis la Grande Guerre sur les négociations de concessions territoriales ou matérielles. Les différentes façons de mettre fin aux hostilités finissent ainsi par se confondre. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la quasi-totalité des belligérants cessent les combats par capitulation, mais l’existence de l’arme nucléaire, en relativisant la notion de victoire, impose l’usage du cessez-le-feu durant la seconde moitié du xxe siècle.

Affiche publiée au cours de la Seconde Guerre mondiale par le Centre d’information du gouvernement belge à New York (81 x 53 cm). BNF.
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Depuis le xixe siècle, les occupations militaires en Europe ont souvent suscité l’hostilité et l’opposition des populations occupées. Les raisons expliquant ces mouvements de résistance sont cependant variées et ceux-ci constituent eux-mêmes des phénomènes complexes. Il n’existe pas de définition unique de la « résistance » qui a pu adopter de nombreuses formes, de la lutte armée à la grève, des mouvements coordonnés à l’opposition spontanée. L’hostilité réservée à l’occupant est souvent motivée par des motifs idéologiques d’ordre religieux, nationaliste ou politique aussi bien que par les décisions imposées par les forces occupantes. Expliquer et définir ce phénomène peut-être inévitable et évaluer le succès qu’ont rencontré ces mouvements demeure une tâche aussi difficile que fascinante.

Exécution d’un partisan à Minsk, 1942-1943. Panneau, en russe et en allemand : « Voici le chef d’un groupe de guérilla. Il a tourmenté et pillé la population pendant des mois. Il est donc PENDU ! ».
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La répression de l’Allemagne nazie dans les territoires occupés pendant la Seconde Guerre mondiale porte l’empreinte des expériences des guerres passées, tout en reposant sur une stratégie de dissuasion. L’année 1941 marque l’abandon définitif des règlements internationaux et le début de la systématisation des violences à grande échelle contre les civils, à commencer par les Juifs. En dépit de situations souvent très différentes, de forts liens et échanges existent entre régions occupées. Les expériences circulent ; les méthodes et stratégies sont observées, transférées et expérimentées d’un territoire à l’autre.

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